Édito

Nul autre sport n’a autant nourri les élans littéraires et la verve de journalistes enthousiastes que le cyclisme.

Le vélo compte ses grandes étoiles qui, depuis les frères Pélissier jusqu’au sulfureux Armstrong, ont trusté les palmarès et écrit l’histoire. Des héros parfois admirables, d’autres fois discutables. Mais il eut aussi ses messagers, ses chroniqueurs zélés et habiles, ses scribes enthousiastes et emphatiques qui ont porté la chronique cycliste au rang d’art. On pense à Antoine Blondin qui trouvait sur la route du Tour de France, et dans ses détours, ses plus beaux terrains d’expression souvent teintée d’alcool ou à Albert Londres qui a inventé le terme de « forçats de la route » dans un article rédigé en 1924. Aujourd’hui encore, Philippe Brunel demeure à coup sûr la plus remarquable plume de L’Équipe, un journal qui, il est vrai, s’est beaucoup appauvri en cédant à la banalité du tout football comme on souscrit à la dictature d’une pensée unique.
La France n’a d’ailleurs pas le monopole de cette fécondité littéraire attachée au cyclisme. De l’autre côté des Alpes, Dino Buzzati, l’auteur du « Désert des Tartares », grand amoureux de la petite reine, n’écrivait-il pas, à propos du Giro, qu’il était « un des derniers bastions du romantisme, assiégés par les machines du progrès et qui refuse de se rendre. »

Tragédie

Il n’existe pas de telles pages au sujet du football ou d’autres sports collectifs. Même le jeu gouleyant de la Hongrie du grand Ferenc Puskas ou celui vitaminé de l’Ajax d’Amsterdam de Johann Cruyff n’ont pas suscité de tels élans littéraires… Comment en effet s’enflammer pour un tir sur la barre, faire preuve de lyrisme devant un coup franc, un penalty et même une reprise de volée ? Le Tour de France, lui, est un théâtre d’ombre et de lumière, une tragédie où la condition humaine se confond au sublime du décor. Même si le cyclisme moderne, habité par les oreillettes et marqué par les schémas stéréotypés, a perdu de son « romantisme ».

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