Grégory Bernard« La densité ne doit pas être décrétée »

A 35 ans, le nouvel adjoint à l’urbanisme de Clermont-Ferrand veut redonner sa place à la nature et repenser la question de la densité. Sans renier le travail de son prédécesseur, auquel il dit devoir beaucoup, Grégory Bernard impose doucement ses marques dans l’équipe d’Olivier Bianchi.

Grégory Bernard<br>« La densité ne doit pas être décrétée »
Pour l’aménagement des espaces publics, la ville doit « monter en exi-gence », selon l’élu clermontois. © Photos Valentin Uta

I – Vous êtes un jeune adjoint, avec des responsabilités importantes… Comment vivez-vous cette expérience ?
G. B. – C’est d’abord une expérience très enthousiasmante. Je suis très heureux dans cette fonction, mais elle est très prenante ! Du coup, je ne travaille plus qu’à mi-temps. Ceci dit, je suis content de pouvoir continuer à exercer mon métier d’enseignant, qui me passionne. Au niveau familial, c’est plus difficile : en ce moment, je vois un peu moins mes enfants, car le travail sur le PLU (Plan Local d’Urbanisme, NDLR) me prend beaucoup de temps… C’est vrai que j’ai enseigné tôt, que j’ai été père tôt, que je me suis engagé en politique tôt. Mais la nouvelle génération n’apporte-t-elle pas un regard un peu différent sur bien des questions ?

I – Pourquoi l’urbanisme ? Avez-vous une formation dans ce secteur ?
G. B. – Je suis littéraire, historien et géographe, sans être un grand spécialiste de ces domaines. Je suis davantage un généraliste qui défend la culture générale dans l’enseignement professionnel. Je n’ai jamais étudié l’urbanisme en tant que tel. C’est en 2008, quand je suis devenu conseiller municipal délégué auprès de Dominique Adenot, que cette question est devenue une passion. Je lui dois beaucoup, même si nous n’étions pas toujours d’accord. Il a su me laisser de l’espace et des dossiers à gérer… Pour conforter ce que j’ai appris sur le terrain, je vais suivre une formation universitaire à Paris dans le domaine de l’urbanisme durable.

I – Beaucoup de Clermontois pensent que la ville est trop bétonnée, qu’elle manque d’espaces verts… Partagez-vous ce constat ?
G. B. – Je le partage complètement. Tout le travail sur le PLU vise un équilibre : la ville doit se développer, mais se développer sans s’étendre, tout en laissant sa place à la nature. C’est d’autant plus important que les espaces verts n’ont pas qu’un rôle es-thétique : il y a un enjeu sur la température. Une nappe de goudron noir reste un îlot de chaleur important.

I – Dans ce cas, pourquoi avoir goudronné la rue de la Treille ?
G. B. – Ce dossier a fait débat en mairie… et je respecte la décision du maire. Mais sur les espaces publics, je pense qu’on doit monter en exigence, en soumettant chaque projet un peu conséquent à une commission composée de l’architecte des bâtiments de France et du CAUE (Conseil d’Architecture, de l’Urbanisme et de l’Environnement, NDLR). Nos espaces publics peuvent aussi avoir des vertus d’attractivité et de sociabilité.

I – On reproche parfois à Clermont son manque d’audace architecturale…
G. B. – (Il hésite). J’aime bien l’audace. On doit d’ailleurs la chercher sur les grands bâtiments publics, comme la future Scène Nationale, pour montrer notre capacité à montrer de l’architecture, à sortir de l’ordinaire. Mais à Clermont-Ferrand, on doit aussi chercher l’harmonie. Il y a des surdensifications qui vont trop loin, des immeubles insérés dans un tissu pavillonnaire trop brutalement… C’est tout le débat sur la densité. Cette dernière a des vertus, mais il faut la penser, plutôt que la décréter brutalement.

I – Après République, quels seront les quartiers les plus radicalement transformés dans les années à venir ?
G. B. – Les Pistes, Kessler, Saint-Jean, l’Hôtel-Dieu… Ces quartiers vont connaître de vraies mutations. Certes, cela prendra du temps. Mais on travaille dessus : à Saint-Jean, le maire vient d’écrire au président du Conseil régional pour lui confirmer la ces-sion du terrain qui accueillera le futur lycée. Sur les Pistes, nous avons une étude intéressante d’un cabinet allemand qui a travaillé sur d’autres sites industriels. A Cataroux, dans le cadre d’une étude sur la vulnérabilité au risque d’inondations, nous pourrions réaliser un grand parc qui ferait office de bassin d’orage. Une grande réunion est prévue avec Michelin. Sur Kessler, le projet est relancé. Logidôme va construire deux très beaux bâtiments, peu épais, assez hauts, avec une très belle écriture de façade. Ensuite, la rue Kessler deviendra entièrement piétonne jusqu’au boulevard Côte-Blatin. Et le dossier de l’Hôtel-Dieu est enfin débloqué.

CV Express 

1979
Naissance à Clermont-Ferrand. Dix ans plus tard, assiste à la commémoration de la Révolution française au Mont Fraternité. « Un grand souvenir »

1996
Première rencontre avec Pierre Joël-Bonté, qu’il considère comme un modèle

1997
Entre à l’Université Blaise Pascal pour étudier les lettres, l’histoire, la géographie et l’archéologie. Engagements étudiants à l’AFEV et à l’AGEC UNEF-ID, dont il devient président

2001
Commence à enseigner. Il exerce actuellement au lycée Marie Curie de Montferrand

2004
S’installe dans le quartier du Champgil où il partage un jardin (un refuge LPO !) avec ses voisins

2008
Elu conseiller municipal, le plus jeune de l’assemblée, délégation à l’urbanisme

2011
Porte-parole d’Arnaud Montebourg dans les primaires citoyennes

2014
Adjoint en charge de l’urbanisme à Clermont-Ferrand.

 

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