On peut être maire à tout âge

Les élections municipales, c’est fini ! Le citoyen est passé devant les urnes, et parfois a fait mal. Voici deux maires pour qui le scrutin n’a été qu’une formalité : l’un est le plus âgé et l’autre, le plus jeune du Puy-de-Dôme.

On peut être maire à tout âge
Arnaud Provenchère, 29 ans, maire d’Olliergues.

« Au début, les gens du village m’ont encouragé à me présenter. J’ai débuté mon premier mandat de maire le 1er mai 1966. Cela va bientôt faire 48 ans ». Robert Pailler, 89 ans, et doyen des maires en Auvergne, a bon pied, bon œil.
Aux confins du Puy-de-Dôme, de la Corrèze et du Cantal, Saint-Sulpice est un bout du monde à une portée de flèches de l’autoroute A89 dont les voitures ne s’arrêtent jamais dans ce coin de la planète. Déjà, en venant par la nationale, il faut trouver le bon raccordement. Une fois en place, un chemin conduit à des maisons blotties autour de l’église. Un peu plus loin, le monument aux morts rempli des noms des Poilus morts au champ d’honneur, puis la mairie. Cette ancienne école trône sur la place. En se retournant, le spectacle est grandiose : le Sancy déroule en majesté ses sommets immaculés. La Banne d’Ordanche est aisément reconnaissable.

Robert Pailler, le doyen

 

On peut être maire à tout âge
Les crêtes du Sancy en face de Saint-Sulpice.

« Vous savez, ici c’est le désert. L’école a fermé en 1976, nous n’avons plus aucun commerce depuis longtemps. La commune compte 96 électeurs, et très peu d’enfants trois ou quatre. On a un boulanger qui passe deux fois par semaine, et pour faire les courses comme pour aller chez le médecin, d’ailleurs, il faut se rendre à Bourg-Lastic à 16 km.
« L’hiver c’est plus difficile encore. Nous avons une entreprise qui vient faire le déneigement et le gravillonnage, car le Conseil général ne s’en occupe plus » indique le maire.
Robert Pailler est né le 30 juin 1924 à Saint-Sulpice, où il a toujours vécu, continuant l’exploitation de ses parents producteurs laitiers. « J’ai pris ma retraite en 1984, à 60 ans. Les temps évoluent et pas dans le bon sens. Autrefois on avait de la vie, et des fêtes patronales. Celle du 8 septembre n’existe plus. Nous avons gardé la fête de la Saint-Antoine, le 17 janvier, mais il n’existe plus de bal sur parquet salon. En novembre, on réunit les personnes âgées du CCAS. On a aussi une société de chasse. C’est tout ».
Pas tout à fait : les amateurs de grand air et de tranquillité pourraient trouver ici leur bonheur. Quelques familles rares se sont installées. « On ne construit pas d’habitation ici, seulement des bâtiments d’élevage. Nous avons deux appartements disponibles en location, à la mairie, et un autre au presbytère. Ils sont libres. La commune vient de construire un gîte rural. C’est un bâtiment tout neuf, entièrement équipé, avec une vue imprenable face à la Banne d’Ordanche et aux crêtes du Sancy. Il attend des familles de randonneurs avec les beaux jours. » Et de poursuivre : « J’essaie d’améliorer la vie des gens, de les aider. Notre secrétaire de mairie, Aurélie Manuby est très compétente. Vous savez, il faut s’y retrouver aujourd’hui dans toute la paperasse. La population attend des services, des renseignements notamment pour les formalités administratives. Nous sommes à la fois mairie et assistant social. »
Quelle sera la grande réalisation de ce huitième mandat ? Réponse : « La voirie et l’entretien des bâtiments communaux. Les petites communes n’ont guère d’autre choix. Nous sommes membres de la communauté de communes du Sioulet-Chavanon. On est moins libre, et cela n’apporte pas grand-chose à des communes comme la notre ».

Arnaud Provenchère, le cadet

 

On peut être maire à tout âge
le bourg médiéval d’Olliergues

De l’autre coté du département, à Olliergues, Arnaud Provenchère, 29 ans, plus jeune maire du Puy-de-Dôme, entame déjà un deuxième mandat municipal. « Je suis l’enfant du pays. Ma famille vit ici depuis au moins quatre générations, et c’est aussi le cas de mon premier adjoint. La moyenne d’âge du conseil municipal est de 44 ans. Notre intérêt est celui de la commune, que nous voulons développer Notre liste sans étiquette, n’affichait aucune appartenance politique ».
Ce polyactif travaille la nuit chez Sanofi puis vient à la mairie l’après-midi. Il s’occupe aussi d’une station de lavage auto à Cunlhat et d’une laverie de vêtements à Courpière. Ses débuts en politique remontent à 2008, quand Jean Lesturgeon, l’ancien maire, est venu le chercher. Au bout de deux ans, Arnaud est devenu son premier adjoint. Le maire a démissionné par la suite, et il l’a naturellement remplacé.
L’élection de mars 2014 s’est faite sans problème : la liste avait obtenu 14 des 15 sièges dès le premier tour. « Nous devons apporter aux gens ce dont ils ont besoin en particulier garder nos commerces et nos services. Nous ne voulons plus perdre d’habitants, et créer une dynamique ».

On peut être maire à tout âge
Robert Pailler, 89 ans, maire de Saint-Sulpice.

Olliergues compte 847 habitants, une population en baisse. Cette commune du Li-vradois doit sa fortune à la N906 qui relie Thiers à Ambert et à ses 4000 véhicules/ jour. La cité s’est développée autour de cet axe et continue d’en vivre. Deux usines sont installées : les Papeteries de Giroux ( 49 emplois), et Prodont-Holliger ( 29 emplois), spécialiste des fournitures pour dentistes qui a regroupé ici ses trois sites, avec le soutien actif de la mairie. La priorité de la municipalité pour le prochain mandat : « Nous sommes en train de construire huit logements sociaux avec l’Ophis pour amener des familles. Il faut sauver un poste d’enseignant à l’école primaire. Nous devons aussi rendre accessible notre mairie construite en 1845, et continuer d’intervenir pour six éboulements. Un vrai problème dans cette cité encaissée. L’un d’eux a frappé la gendarmerie : « Imaginez un mur haut de 4 m, long de 22 m. qui s’effondre tout d’un coup… Maintenant, la commune, propriétaire des lieux, doit reconstruire ».
On dénombre à Olliergues une entreprise de transports, une maison de retraite, un pôle médical, un collège, trois banques, une boucherie, deux boulangeries, une épice-rie, deux cafés-restaurants, deux salons de coiffure, une grosse fromagerie, un fabri-quant artisanal de crayons de couleur… et un office de tourisme car on vient de loin pour visiter les deux églises des 14e et 15e s., le château qui abrite un musée des vieux métiers, un pont « du diable » lancé sur la Dore au 12e s. Pendant l’Occupation, un Allemand a été abattu sur le pont voisin de l’office du tourisme. On peut encore voir les impacts de balles sur un mur voisin.

Jean-Jacques ARENE

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