Gérard Lafforgue : « j’ai fait ce que j’aimais »

Gérard Lafforgue : « j’ai fait ce que j’aimais »
Gérard Lafforgue, au cœur de sa boutique, où il exerce depuis 63 ans. Une intense et riche vie professionnelle, comme le numéro du Puy-de-Dôme, son département d’adoption. Tout un symbole.

Spécialiste du costume, le commerçant clermontois cessera son activité fin août au terme d’une vie professionnelle plus que bien remplie.

Il est à la tête d’une petite institution. « Lafforgue habilleur ». 33, rue Blatin à Clermont. 63 ans dans la même boutique. Qui dit mieux ? Fin août, Gérard Lafforgue baissera définitivement le rideau pour prendre une retraite plus que méritée. A 80 ans, il était temps ! Même pour ces dernières semaines d’activité, pas question de se laisser aller. Le capitaine est plus que jamais à la barre du navire. Prodiguant des conseils par-ci, donnant quelques ordres par-là… Il veille sur le travail de vendeurs venus lui donner un coup de main pour cette opération de « liquidation totale » de la boutique. « Cessation d’activité », corrige le commerçant, avec sa voix caractéristique à nulle autre pareil. Gérard Lafforgue ? Un personnage, assurément. Un grand professionnel et un bourreau de travail aussi. Prendre sa retraite à 80 piges, on jurerait que le bonhomme doit passer pour un extra-terrestre chez les conducteurs de train. Lui a commencé sa carrière en 1956. Ici même dans la boutique créée par son père en 1951.

« J’avais 17 ans et j’étais apprenti tailleur d’habit », se souvient celui qui est tombé dans le textile dès sa plus tendre enfance. Comment échapper à son destin d’ailleurs ? Les costumes, l’élégance… Un véritable atavisme chez les Lafforgue. Son grand-père avait débuté dans le métier comme tailleur ambulant au cœur de l’Ariège, le berceau de la famille. Avant de s’installer à Paris, puis à Toulouse, Nice, Aurillac et enfin Clermont.

« Au départ, nous ne faisions que de la grande mesure. Les coupes de tissus, les essayages. Il fallait s’adapter aux volontés d’une clientèle hyper exigeante. J’ai fait la mesure jusqu’en 1975, date à laquelle nous nous sommes consacrés au prêt-à-porter. Une vraie délivrance », avoue aujourd’hui Gérard Lafforgue. 

Gérard Lafforgue : « j’ai fait ce que j’aimais »
Avec sa dernière salariée, Chantal, devant la façade de la boutique située 33, rue Blatin à Clermont. La « liquidation totale » se poursuit jusqu’à fin août.

DES CLIENTS CELEBRES

A ses plus belles heures, la boutique de la rue Blatin a compté jusqu’à sept employés. Les retouches étaient réalisées au sein de l’atelier maison. Le commerçant aura connu toutes les tendances : l’âge d’or du prêt-à-porter, la disparition successive des grandes marques d’habillement françaises…

Mais ne lui demandez pas combien il a vu passer de clients au cours de sa très riche vie professionnelle, il n’en sait rien. « Nous avons 5.500 noms dans notre fichier », avance Armelle, l’une de ses trois filles, qui est revenue donner un petit coup de main afin d’assurer les dernières semaines de la cessation d’activité. Un chiffre certainement très en-deçà de la réalité.

Car Gérard Lafforgue en a vu défiler du monde dans sa boutique. Des générations entières de Clermontois et d’Auvergnats. Des célébrités aussi. Les maires de la ville, les rugbymen de l’ASM, les musiciens de l’Orchestre national d’Auvergne…

« Nous avons eu une clientèle de qualité parce que l’on faisait un travail de qualité », est intimement persuadé le commerçant, qui aime à citer la devise de la boutique : « Lafforgue, synonyme de la perfection ! »

UN AMOUREUX DES VOYAGES

Chantal, sa dernière employée, versera certainement une petite larme lors du dernier jour d’activité. Voilà huit ans que cette spécialiste du prêt-à-porter œuvre au 33 rue Blatin. « Mon entretien d’embauche a duré cinq minutes. Ce fut le plus beau jour de ma vie. Il m’a fait confiance immédiatement. En arrivant ici, je ne connaissais rien au costume de laine, ni au côté cérémonie. Gérard m’a tout appris. Comme lui, j’aime les voyages. Nous avons pu partager cela et prendre le temps de parler d’autre chose », apprécie celle qui devra retrouver un nouvel employeur dans quelques semaines.    

Au moment de jeter un coup d’œil dans le rétro, Gérard Lafforgue ne regrette rien. Au contraire… « C’était un métier agréable. J’ai fait ce que j’aimais. » 

S’il reconnaît avoir travaillé « comme un fou » durant sa (très) longue carrière, l’ancien tailleur savait aussi s’offrir des instants de respiration. Les voyages faisaient même partie de ses petits péchés mignons. Le Clermontois a sillonné une grande partie du globe. La Russie, « du nord au sud et d’est en ouest », l’Inde, la Chine, l’Afrique, le Tibet… A l’occasion de treks ou d’escapades en moto. Malgré ses 80 printemps, l’envie d’aller explorer le monde est toujours bien présente.

« Je vais me balader. J’ai notamment prévu de refaire le chemin de Saint-Jacques de Compostelle », annonce déjà Gérard Lafforgue, lui qui était parti un beau jour à pied de Manzat pour rejoindre l’Espagne, avec pour seules compagnes de route une carte et une boussole. Mais l’heure n’est pas encore venue. La vente du stock se poursuit toujours. Dans quelques semaines, le rideau se refermera définitivement sur la boutique du 33 rue Blatin où, signe des temps, une enseigne d’appareils auditifs prendra place !  

« Je souhaite à Gérard une bonne et longue retraite », conclut Chantal, avec toute l’admiration qu’elle voue à son étonnant patron.

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