La chaine des Puys/Faille de Limagne en pole position

La chaine des Puys/Faille de Limagne en pole position
La candidature s’appuie désormais sur la base du seul critère géologique. L’ensemble « Haut lieu tectonique chaîne des Puys/Faille de Limagne » illustre le processus complet de rupture d’un continent.
(© Gérard Fayet – Terre d’exception)

Des sourires, des accolades, des poignées de mains qui ne trompent pas… L’heure n’était pas encore à la fête le 28 mai dernier, jour de l’officialisation de l’avis favorable rendu par l’UICN* au classement de l’ensemble « Haut lieu tectonique chaîne des Puys/Faille de Limagne » au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais tous les feux sont désormais au vert. Car dans les faits, le comité du patrimoine mondial suit toujours les recommandations édictées par les experts de l’UICN.

Pour le dossier puydômois, c’est donc – très certainement – l’aboutissement de plus de dix années de travail qui va se jouer à Bahreïn du 24 juin au 4 juillet, à l’occasion du 42ème comité du patrimoine mondial. Dix ans, ça peut paraître long, surtout dans une période où le « tout, tout de suite » relèverait presque de l’hystérie collective. Mais pour Eric Gold, devenu aujourd’hui sénateur, et qui a été longtemps en première ligne sur le dossier, « on oublie parfois qu’il est difficile d’obtenir un avis d’inscription à l’UNESCO ». Le parlementaire a rappelé à juste titre que le processus était toujours très long et « le devoir d’exigence toujours exceptionnel ».

UNE REORIENTATION DU DOSSIER

Jean-Yves Gouttebel, qui porte le projet depuis 2007, l’a reconnu explicitement. Pour arriver à ce résultat, un important travail a été mené « loin des sphères médiatiques » lors des 18 derniers mois. En coulisses, les échanges n’ont pas manqué et le président du Conseil départemental a salué le « soutien discret et efficace » de Jean-Pierre Jouyet, actuel ambassadeur de France à Londres. De manière plus officielle, la candidature puydômoise a toujours reçu l’appui des autorités françaises, quel que soit le gouvernement en place. Récemment, outre le soutien de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, on se souvient qu’Emmanuel Macron est venu en personne sur le site du puy de Dôme au début de l’année. On ne saurait envoyer signal plus fort. « L’Etat a toujours cru en nous », pouvait se féliciter Eric Gold.

La force aussi des équipes du Département, c’est d’avoir cru en leur étoile, d’avoir su persévérer, et surtout, d’avoir su entendre les recommandations édictées par l’UICN et le comité mondial lors des précédents passages à Doha et Istanbul. Ainsi, la copie a été revue et le dossier réorienté. Exit le critère esthétique de « beauté universelle ». En associant une équipe composée d’une vingtaine de spécialistes mondiaux des rifts, la candidature s’appuie désormais sur la base du seul critère géologique. Les experts de l’UICN reconnaissent désormais que « le bien est une illustration exceptionnelle du phénomène de rupture continentale ou rifting qui est l’une des cinq principales étapes de la tectonique des plaques. »

Enfin, on peut saluer la démarche collective initiée localement par le Conseil départemental depuis plusieurs années. Avec les services de l’Etat, les équipes du Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne, les universitaires et scientifiques, les membres de la Fondation d’entreprises et les habitants du territoire, le projet a su rassembler et fédérer bien au-delà des clivages politiques et des sphères « public/privé ».

Certes, cette recommandation favorable émise par les experts de l’UICN ne constitue qu’un avis consultatif et les équipes de la candidature, qui se rendront à Manama, entendent bien rester mobilisées jusqu’au bout. Le vote du comité interviendra le 1er juillet ou peut-être le 2 juillet en cas de longs débats.

Si l’inscription est confirmée, la chaîne des Puys/faille de Limagne sera le 44ème site français à entrer à l’UNESCO, le 4ème seulement en tant que bien naturel (la Nouvelle-Calédonie, le golf de Porto en Corse, et une partie de l’île de la Réunion y figurent déjà). « Nous serons donc le 1er site de France métropolitaine », fait remarquer Eric Gold, qui ne souhaite pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. En Auvergne, plus que partout ailleurs, nul n’ignore que c’est à la fin du bal que l’on paye les musiciens.

* UICN :  Union internationale pour la conservation de la nature.  

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