Le « Run-Tchatche » porté sur les fonts baptismaux

Le « Run-Tchatche » porté sur les fonts baptismaux

Le Parc des volcans d’Auvergne souhaite développer ce concept qui entend sensibiliser les amateurs de trail-running à la préservation des milieux qu’ils traversent.    

Dans les sous-bois du puy de Vichatel, le groupe d’une quarantaine de trailers s’étire sur plusieurs centaines de mètres. Certains courent à petite foulée. D’autres marchent. Il faut dire que les pentes de cet édifice strombolien, situé au sud de la chaîne des Puys, sont parfois raides. Qu’importe. En cette agréable fin de soirée du mois de mai, l’essentiel n’est pas là. Les chronos ont été remisés au fond des sacs, les oreillettes des smartphones aussi. Aujourd’hui, les participants découvrent le « Run-Tchatche », une idée lancée par le Parc naturel régional des volcans d’Auvergne. Le concept ? Destiné aux amateurs de course à pied en pleine nature, il vise à sensibiliser ces derniers à la préservation des milieux qu’ils parcourent et à faire évoluer les pratiques. Courir dans la nature, c’est très agréable. Mais très peu de pratiquants s’interrogent encore sur leur empreinte écologique éventuelle. Ne pas passer n’importe où, ne pas déranger la faune… Autant de bonnes pratiques que le Parc espère faire partager aux sportifs qui fréquentent les espaces fragiles de la chaîne des Puys mais aussi d’autres zones sensibles du Puy-de-Dôme et du Cantal.

« Le Run-Tchatche n’est pas une opération de moralisation. On souhaite donner envie aux pratiquants de vivre le sport autrement en prenant un peu de temps. Notre slogan c’est d’ailleurs : oubliez le chrono, respirez, observez… Il faut rentrer dans la dimension d’appropriation du territoire, ne pas vivre l’interdit comme une contrainte mais comme une responsabilité », plaide Aurélien Bazin, le jeune directeur du Parc des volcans.     

Ce soir-là, Stéphane Erard, garde-nature de la structure, encadre le groupe avec Damien Poulet, un accompagnateur en montagne. Les deux hommes ont prévu une boucle de 13 kilomètres dessinée autour de la maison du Parc, à Montlosier, agrémentée de trois arrêts-tchatche de 10 minutes chacun. Avec deux heures au total, la séance se fera à petite foulée. Au sommet du puy de Vichatel, la vue magnifique embrase jusqu’aux pointes encore enneigée du Sancy. Les édifices volcaniques qui se trouvent à proximité sont jeunes. Moins de 15.000 ans pour la plupart. Généralités sur le parc naturel, politique de gestion, lecture du paysage, pastoralisme… Le premier arrêt permet à nos guides d’évoquer de nombreux domaines. Quelques kilomètres plus loin, Stéphane Erard nous éclaire cette fois-ci sur la flore et la faune locale, notamment le chat forestier, qui a élu domicile dans ces quartiers, et le murin à moustaches, une espèce de chauve-souris. Les adeptes du trail sont attentifs. Les questions fusent et l’échange est réel. 

« Les gens ne sont pas obligés de laisser une marque de leur passage, qu’elle soit physique ou numérique », insiste bien Stéphane Erard, pour qui il n’est pas souhaitable de tout partager sur les réseaux sociaux.  

TROIS PARRAINS IMPLIQUES   

Pour ce 1er Run-Tchatche, le Parc des volcans a reçu le soutien de trois parrains de renom : la journaliste et présentatrice de France Télévisions, Fanny Agostini, son mari Henri Landes, et le trailer clermontois Yoan Meudec. Pour ce dernier, chasseur de chrono invétéré, « courir, c’est bien, courir et regarder, c’est mieux, courir, regarder et apprendre là où l’on pose les pieds, c’est encore mieux ! » résume l’athlète, avec le sens de la formule. Henri Landes, qui a créé avec son épouse l’ONG Landestini, rappelle que cette organisation soutient les acteurs locaux qui s’engagent pour la biodiversité. Quant à Fanny Agostini, elle estime qu’il est important de savoir où l’on pose les pieds : « s’intéresser à la petite brindille, qui fait partie de tout un écosystème, est important. Le Run-Tchatche donne envie de ne plus partir courir avec sa play-liste mais d’être sur une expérience plus sensorielle. »

Le « Run-Tchatche » porté sur les fonts baptismaux
Yoan Meudec, Fanny Agostini et Henri Landes, les parrains du 1er Run-Tchatche

Quelques kilomètres plus loin, nos guides décident d’écourter un peu le parcours. Il y a plus de deux heures que le groupe est parti. La sortie fera moins de 13 kilomètres mais qu’importe, l’essentiel n’est pas là. Les échanges ont été réels et c’était bien l’objectif recherché.   

A l’heure de dresser le bilan de cette première expérimentation, Aurélien Bazin se montre plutôt satisfait : « ce fut une belle expérience, un moment convivial de partage. Il y a eu beaucoup plus de tchatche que de run mais c’est un partage précieux qui fera, je l’espère, boule-de-neige dans les rangs des sportifs. »

Le Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne compte bien organisée une deuxième session sur son vaste territoire, très certainement dans le Cantal. « L’idée est de rester sur un rythme de deux à trois runs-tchatche dans l’année », confie Aurélien Bazin.


Ce qu’ils pensent du Run-Tchatche

Pascale, 55 ans

Le « Run-Tchatche » porté sur les fonts baptismaux

Je cours tous les deux jours en moyenne, notamment avec la section athlétisme de l’ASM. Je suis également baliseur depuis 6 ans pour la Fédération française de randonnée et donc déjà sensibilisée à la préservation de la nature. J’aime beaucoup la géologie, la flore également notamment les plantes. Je trouve que ce concept de Run-Tchatche est très bien et je vais certainement en parler autour de moi.

Hedric, 35 ans

Le « Run-Tchatche » porté sur les fonts baptismaux

J’ai découvert ce concept à travers Facebook grâce à l’un des parrains, Yoan Meudec. Je fais partie de l’association qui organise le Royat Urban Trail. Je cours trois fois par semaine. L’idée de voir la nature de manière différente est intéressante. J’avoue que je ne m’intéressais pas vraiment à ce qu’il y avait autour de moi et l’on est beaucoup dans ce cas. Même en courant, on peut s’apercevoir que l’on peut faire des dégâts à l’environnement. 

Léa, 31 ans

Le « Run-Tchatche » porté sur les fonts baptismaux

Je pratique la course de manière informelle et j’ai plutôt l’habitude de faire du trail. Mais je ne m’étais jamais posé la question de mon empreinte dans la nature. Pourtant, j’exerce mon activité professionnelle dans le domaine de la vigne et je suis sensibilisée aux problèmes environnementaux. Ce concept de Run-Tchatche permet de passer un bon moment. 

Benjamin, 34 ans

Le « Run-Tchatche » porté sur les fonts baptismaux

J’ai connu le concept à travers les réseaux sociaux. Je pratique le trail deux à trois fois par semaine et je souhaite découvrir de nouveaux chemins. Mais il m’est arrivé une fois de prendre un sentier qui était interdit. J’aime bien le concept, j’ai appris des choses au niveau de la faune et de la flore. J’aurais simplement souhaité que ce soit un peu plus long au niveau du running.   

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