« Monsieur Vincent » va fêter ses 100 ans

« Monsieur Vincent » va fêter ses 100 ans
Vincent Goyard aime la politique, le sport et la chanson française. Il voulait arriver à ses 100 ans. Ce sera chose faite dans quelques jours.

Dans le secteur du carrefour Europe, à Chamalières, tout le monde le connaît ou presque. Ici, « Monsieur Vincent » est une figure. Il fait partie du paysage. Toujours tiré à quatre épingles lorsqu’il sort faire sa promenade ou ses courses. Mais ne lui demandez pas pourquoi. C’est comme ça. Vincent Goyard aime les belles choses, l’élégance. Depuis longtemps déjà. Dans quelques jours, le 27 avril très précisément, l’ancien commerçant clermontois fêtera ses 100 ans. Un cap symbolique atteint par un nombre grandissant de Français. Mais lui vit encore tout seul dans son appartement. Monsieur Vincent fait sa cuisine, lave son linge… Seule une femme de ménage l’aide dans la semaine. Et puis il y a Monique Bourdier, son « ange gardien » comme il aime l’appeler, qui lui porte assistance, mais aussi beaucoup d’affection et de bienveillance. « Vincent a beaucoup d’amis. Il faut dire qu’il est très fidèle en amitié », apprécie cette dernière, qui lui rend visite tous les jours.

Pourtant, la vie ne fut pas toujours facile pour Vincent Goyard. Né en 1919 dans un petit village de Haute-Marne, près de Langres, il est le dernier d’une fratrie de sept enfants. Orphelin de père très tôt, il est placé dans une ferme pour garder les vaches. A 14 ans, il entame une formation d’apprenti-boucher. « On faisait entre 60 et 70 heures par semaine », se souvient l’intéressé, toujours alerte d’esprit. En 1939, il est mobilisé sur le front. Fait prisonnier, il passe six mois dans un camp, chargé d’effectuer des corvées pour des agriculteurs.

« Un matin, je me suis échappé et suis allé à Reims. J’ai pris le train pour me rendre en zone libre rejoindre ma mère et deux de mes sœurs installées en Dordogne. »

Réintégré dans un régiment à Bergerac, il est envoyé au camp de Opme, au-dessus de Romagnat le 27 février 1942. Après la guerre, Vincent Goyard décide de rester en Auvergne. Il trouve une place à l’abattoir de Clermont. « Nous grattions les panses de bœuf, explique-t-il. On pouvait manger grâce aux bouchers. J’ai appris le métier de tripier et j’ai travaillé chez Monsieur Gondeau, rue de la Boucherie, à Clermont, avant de m’installer sous le marché Saint-Pierre. »

Trois ans plus tard, Vincent Goyard reprend l’affaire de son ancien patron, ainsi que la poissonnerie de la même rue. Il exercera le métier de tripier jusqu’en 1977 et celui de poissonnier jusqu’en 1988. Deux jobs difficiles, « où l’on souffre du froid. »                

Aujourd’hui, il coule toujours des jours paisibles en tant que retraité. Paisibles ? Enfin presque. Il a subi près d’une quinzaine d’interventions chirurgicales, la plupart entre 90 et 99 ans ! « Je devrais être déjà mort », dit-il avec le sourire.

« Il est solide comme un roc », observe Monique Bourdier, admirative.

Vincent Goyard lit la presse quotidiennement, s’intéresse à la politique, au sport. Il aime également la chanson française. Michel Sardou, Mireille Mathieu… et Tino Rossi, le petit Corse à la voix incomparable ! « On se gominait les cheveux. Nous voulions tous lui ressemblait à l’époque. »

Quand on évoque l’actualité et la crise sociale que traverse le pays depuis quelques mois, la sentence tombe : « pauvre France. Le monde d’aujourd’hui me désespère. A mon époque, où il y avait beaucoup de petits commerçants et artisans, les casseurs ne seraient pas venus deux fois. » On peut le croire.

Le 27 avril, il fêtera ses 100 ans dans un restaurant proche de Clermont, entouré de sa famille et de ses (très) nombreux amis. La municipalité de Chamalières devrait lui remettre aussi la médaille de la Ville. « Je compte bien aller à la mairie », annonce déjà le futur récipiendaire. Bon anniversaire « Monsieur Vincent » !

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