« Ondes citoyennes » tire la sonnette d’alarme

« Ondes citoyennes » tire la sonnette d’alarme
Le relais de téléphonie mobile installé sur les hauteurs de Vertaizon. L’association Ondes Citoyennes rapporte que plusieurs cas de cancers ont été détectés chez les riverains de la rue du puy Challas. Un lien de cause à effet ?

« Souriez, vous êtes cernés ! » C’est en résumé le sentiment que l’on peut avoir aujourd’hui lorsque l’on regarde sur Internet la carte d’implantation des relais de téléphonie mobile. Ils poussent comme des champignons après la pluie. Dans la totalité des cas ou presque, les riverains découvrent ces implantations très tardivement. Parfois lorsque les travaux débutent. Voilà qui a de quoi les rendre fou, ou à tout le moins, les irriter fortement. Surtout dans une période où les citoyens demandent plus de transparence, notamment sur des sujets qui peuvent avoir une incidence sur leur santé. A la Roche-Blanche, de très nombreux habitants ont manifesté quand ils ont appris que la tour qui domine le village allait être équipée d’antennes. En ce moment, c’est à Beauregard l’Evêque que la fronde gronde, après la découverte, au hasard d’un conseil municipal, d’un projet d’installation. Idem à Palladuc, à Blanzat, à Romagnat. Et l’on peut multiplier les cas…

Mais que sait-on au juste des effets des ondes électro-magnétiques sur la santé humaine et plus largement sur les êtres vivants ? Les premières études publiées se voulaient rassurantes. « Aucun danger », pouvait-on lire en substance. Mais toutes étaient financées par les opérateurs eux-mêmes ! Et donc sujettes à caution. Depuis quelques années, de nouvelles études indépendantes ont conclu à une probabilité non négligeable d’effets nocifs sur l’organisme : elles relèvent pêle-mêle maux de tête, tumeur au cerveau, leucémie, rupture de brins d’ADN… « L’organisation mondiale de la santé a classé les ondes électromagnétiques de téléphonie mobile dans la catégorie potentiellement cancérogène », rappelle Guy Cautenet, le président de l’association « Ondes Citoyennes », créée officiellement en avril 2018 et qui fédère des riverains d’antennes d’une douzaine de communes du Puy-de-Dôme. Cet ancien physicien du campus des Cézeaux sait de quoi il parle, lui qui a développé avec les adhérents de la structure une approche scientifique, pragmatique et constructive du problème. Au cours de la discussion, il révèle qu’à Vertaizon, dix personnes seraient atteintes de cancer dans la rue du puy Challas, dominée par un relai de téléphonie mobile. Lien direct de cause à effet ? Difficile à dire… Et que dire des personnes électrosensibles qui vivent aujourd’hui un enfer, obligées de se terrer dans des caves ou se réfugier dans des zones géographiques peu couvertes !

Car la France fait figure de mauvais élève en la matière. La réglementation prévoit en effet que le champ électrique des ondes électromagnétiques peut aller jusqu’à 61 V/m (Volts par mètre). Ce qui est énorme. D’autres pays européens ont fait le choix de multiplier le nombre d’antennes mais de bien plus faible puissance. La limite est de 0,6 V/m en Autriche, de 2 V/m au Luxembourg, de 6V/m en Pologne, Italie, Lituanie, Russie… Le parlement européen, lui, recommande 0,6 V/m. « Et avec ces faibles valeurs, le téléphone portable fonctionne parfaitement », assure Francis Debaisieux, autre membre de l’association, qui vit dans son sous-sol depuis qu’une antenne cylindrique de 23 mètres de haut, disgracieuse à souhait, a été installée en catimini à Romagnat à moins de 200 mètres de son habitation.     

Les responsables d’Ondes Citoyennes précisent bien qu’en matière d’implantation, tous les maires ne sont pas forcément à blâmer. Si un particulier ou une entreprise décident de louer son terrain à un opérateur, moyennant rétribution, les élus n’ont pas réellement les moyens de s’opposer à l’installation d’une antenne. Au-delà des nuisances sanitaires éventuelles, on peut aussi s’interroger sur l’extrême laideur de ces relais dans le paysage, lesquels peuvent vous massacrer un site comme à Jussat, sur la commune de Chanonat, tandis que le dossier d’édification d’une simple véranda devant votre maison pourra être lui retoqué ! On marche sur la tête…        

« Ce qui nous inquiète, c’est le fait que l’on déploie des antennes sur tout le territoire sans connaître l’impact éventuel sur la santé humaine et la biodiversité. Et qu’en sera-t-il avec la 5G, capable de traiter 100 fois plus de données avec des fréquences encore plus élevées », s’alarme déjà Guy Cautenet.

« Ondes citoyennes » tire la sonnette d’alarme
Guy Cautenet, le président de l’association, et Francis Debaisieux ont une approche pragmatique et scientifique de la problématique.

FEDERER LES ELUS

Face à l’inertie des pouvoirs publics et à la méprise des opérateurs de téléphonie, les membres de l’association Ondes Citoyennes font feu de tout bois. Depuis plusieurs mois, ils interpellent les parlementaires et les élus de tous bords et n’hésitent pas à engager « une bataille juridique et scientifique. » En espérant que « les maires du Puy-de-Dôme se fédèrent », ils viennent de rencontrer ces jours derniers la sous-préfète d’Ambert, Patricia Valma. Citant en exemple la commune de Chamalières, qui a signé depuis plusieurs années une charte de bonne conduite avec les opérateurs, ils ont présenté eux aussi un projet de charte en 12 points.

Elections obligent, les membres d’Ondes Citoyennes comptent bien peser dans le débat des Européennes qui approchent puis dans celui des municipales en 2020. Pour les premières, ils demandent une harmonisation de la réglementation des valeurs maximales admissibles des champs électromagnétiques. Pour les secondes, ils souhaitent un positionnement clair sur le sujet des futurs candidats.

Après l’amiante et bien d’autres, va-t-on assister à un futur scandale sanitaire de grande ampleur avec les ondes électromagnétiques ? Que dire aussi de la problématique des pesticides, dans ce qui ressemble à un empoisonnement général à petit feu, et de celle tout aussi sournoise des perturbateurs endocriniens. Certains types de cancers explosent en France comme celui du sein, de la prostate ou encore du pancréas, très redoutable. A Clermont, en 2017, les services du CHU Estaing n’ont jamais traité autant de cas de cancers chez les enfants ! Le fruit du hasard, certainement…

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