Olivier Bianchi « Tous les élus qui font de l’antifiscalisme sont des pompiers-pyromanes »

Olivier Bianchi « Tous les élus qui font de l’antifiscalisme sont des pompiers-pyromanes »
Le maire en a un peu marre de rabâcher que les services publics ne fonctionneraient pas sans fiscalité. Alors il a une idée : proposer une journée ville-morte aux habitants. Une petite « provocation » qu’il assume. « J’arrêterai tout ce qui fonctionne grâce aux impôts : j’éteindrai les lumières, je couperai l’eau, je fermerai les écoles. Je suis capable de le faire. Comme ça, tout le monde sera guéri une fois pour toutes. » © Jean-Paul Boithias

Construction de la Scène-Nationale, rôle de la fiscalité, étude d’une deuxième ligne de transport en commun en site propre, préparation de la capitale européenne de la culture, rénovation du PS… Le maire de Clermont-Ferrand et président de Clermont Auvergne Métropole ouvre pour Info les principaux dossiers de la rentrée et de l’année à venir. Son credo ? Penser métropole, mais sans négliger les questions de proximité et la solidarité territoriale. Entretien.

I – Comment abordez-vous cette période de rentrée scolaire ?
O. B. – Plutôt avec un esprit de confiance. Après une fin d’année chaotique et rocambolesque en matière politique, je constate que la situation a évolué. Le fameux « ni droite ni gauche » du président de la République semble se transformer plutôt en « à droite, toute ». Cette politique ne peut pas être conforme aux valeurs qui sont les miennes. Dans ce contexte, je pense que nous devons continuer à travailler au service des Clermontoises et des Clermontois. Ma priorité est donc d’essayer de développer le territoire, de créer de la richesse, mais aussi de me préoccuper des questions quotidiennes des habitants.

I – Au 1er janvier, la communauté urbaine devient métropole. Qu’est-ce que cela va changer pour les habitants ?
O. B. – Dans leur quotidien, les Clermontois ne percevront peut-être pas directement les effets de cette transformation. Le plus important, c’était le passage en communauté urbaine, avec le transfert de certaines compétences des communes. Finalement, la métropole est une sorte de labellisation de ce processus. La France, il faut le rappeler, a décidé qu’il y aurait 21 grands territoires urbains structurels, qui allaient polariser le territoire. Clermont-Ferrand en fait partie. Les Clermontois doivent comprendre que c’est un atout supplémentaire pour gagner des entreprises, pour bénéficier d’arbitrages de l’Etat, pour peser sur la capacité à créer de la richesse. La métropole nous oblige aussi – j’y tiens beaucoup – à un devoir de solidarité avec le territoire qui vit autour de nous, avec le monde rural. C’est un développement non pas égoïste, mais au service de toute l’Auvergne et de l’ouest de la grande région.

I. – Quels sont les atouts de la Ville pour devenir capitale européenne de la culture en 2028 ?
O. B. – D’abord, j’y crois. Sinon, je ne le ferais pas. Ensuite, nous avons anticipé le projet. Du 6 au 8 octobre, « Effervescences » sera l’occasion de démontrer – d’abord à nous-mêmes – que nous sommes capables de le faire. J’invite les Clermontois à participer à ces trois jours de culture, de fête, de convivialité. Notre candidature va s’appuyer sur deux axes, à savoir la mutation urbaine d’une ville de cols bleus à une ville de cols blancs, qui met la culture au centre de son projet. Si nous montrons qu’elle est un levier de transformation sociologique, éducatif ou urbain, l’Europe s’y intéressera. Nous avons également fait le pari d’une culture qui va envahir l’espace public, d’une culture pour tous. Or, l’Europe est très attentive à la place des citoyens dans le projet.

I. – Le tracé de la future ligne B sera connu fin 2017 ou début 2018. Faut-il un tram ou un bus ?
O. B. – J’ai deux certitudes : la première, c’est que la ligne doit passer par la gare et se projeter à l’extérieur du territoire clermontois, dans ce que sera la métropole en 2030. La deuxième, c’est qu’une ligne de transport doit d’abord être cadencée, à haut niveau de services et en site propre. Peu importe ce qui roule dessus. Penser aujourd’hui au matériel roulant, c’est prendre la question du mauvais côté. A ce stade, je n’ai donc pas tranché. Je souhaite en tout cas que le débat soit le plus ouvert et transparent possible.

I. – Et entre le rail et le pneu ?
O. B. – Je crois que l’affaire est entendue. Le tram sur pneus n’a plus de possibilités industrielle ou technique suffisamment garanties pour se déployer sur la ligne B. Mais encore une fois, fer ou pneu, tram ou bus, ce n’est pas le vrai sujet à ce stade.

« On ne saura jamais à quel point la Scène nationale aura été une des causes de ma candidature »

I. – Où en est le chantier de la future Scène nationale ?
O. B. – Je poserai la première pierre en novembre. Le chantier effectif va commencer à l’automne.

I. – Le coût de fonctionnement va forcément augmenter…
O. B. – La structure est plus importante qu’avant. Mais l’ensemble des partenaires s’est engagé. Le surcoût a donc été maîtrisé et calculé pour ne pas être exponentiel : nous n’ouvrons pas une cathédrale qui serait un gouffre financier. Le bon accord a été trouvé entre les équipes de la Comédie et les financeurs pour un projet à la dimension de notre ville.

I. – Au vu des retards pris par le projet, ce lancement sera un motif de satisfaction personnel ?
O. B. – Il aura fallu 10 ans… Ce sera donc un vrai plaisir. On ne saura jamais à quel point ce projet aura été une des causes de ma candidature. Si nous n’avions pas de lieu identitaire, on nous enlèverait la Scène nationale, qui un est grand label. Comment peut-on avoir un discours sur la création d’emplois, l’innovation, la création de richesses et faire une croix sur de tels projets ?

« Je soumettrai dans l’hiver au vote le concours d’architectes du grand stade »

I. – Et sur la grande bibliothèque et le grand stade ?
O. B. – Idem. Sur la bibliothèque, nous travaillons d’arrache-pied. Des accords complets ont été trouvés avec le ministère de la Culture, notamment sur le niveau de protection patrimonial de l’aile Dijon. Le lancement du processus aura lieu dans l’année 2018. Quant au Stade, je soumettrai dans l’hiver au vote du conseil communautaire le concours d’architectes. Il portera sur la totalité du projet, mais au regard de nos capacités budgétaires, il est possible que la réalisation des tribunes se déroule sur deux mandats au lieu d’un seul. De plus, il y aura 10 % de financements extérieurs, y compris du privé. J’entends et je comprends ceux qui sont opposés à ce projet. Mais c’était une promesse de campagne. Et je pense qu’une métropole de notre rang doit avoir un stade d’une jauge supérieure au Michelin.

I. Etes-vous préoccupé par le changement climatique ?
O. B. – J’ai toujours dit que ce serait la question du 21ème siècle. Nous allons soumettre au vote un schéma de développement durable et de transition énergétique, qui listera toutes nos orientations pour amortir ce choc. Je rappelle que nous sommes la seule ville du monde à avoir régulé l’éclairage public. Tout est géré informatiquement. On peut même baisser les niveaux par rue. Dernièrement, des représentants de Mexico sont venus nous voir car cette technique les intéressait. Nous allons aussi adopter un schéma métropolitain de développement du vélo. Enfin, nous faisons un travail énorme de transition énergétique sur notre patrimoine public, sans parler des projets sur la biodiversité. Nous accueillerons par ailleurs le congrès national de l’association Amorce du 18 au 20 octobre. On espère la venue de Nicolas Hulot. Donc oui, ce sujet est très important.

I. – Où sont passés les neufs points d’augmentation d’impôts ?
O. B. – Il faut être très didactique. Déjà, les impôts n’augmenteront plus jusqu’à la fin du mandat. Ensuite, les recettes qui font tourner les services publics sont essentiellement – surtout depuis la baisse des dotations de l’Etat – liées aux impôts. Nous devons gérer sobrement, éviter les gaspillages. Mais les Clermontois doivent comprendre que pour avoir des cantines scolaires, des policiers municipaux ou des balayeurs dans la rue, il faut payer des impôts. Tous les élus politiques qui font de l’antifiscalisme sont des pompiers-pyromanes. La droite clermontoise est particulièrement néfaste de ce point de vue. Elle serait en gouvernance, elle se rendrait compte de l’ineptie de son discours.
Un exemple chiffré : quand nous refaisons une rue comme celle du Creux-Rouge, c’est 750.000 €. Or, un point d’impôt en plus rapporte 850.000 € ! Autre exemple : chaque année, nous faisons pour 1,6 M€ de travaux d’entretien dans les écoles. Si je ne crée par d’impôts, à un moment donné, dans mes arbitrages, je ne vais pas entretenir le patrimoine scolaire. A Marseille, certaines écoles sont dans un état lamentable… Chez nous, le parc est remarquable. De plus, nous voulons ouvrir une résidence seniors, développer le bio dans les cantines, créer un bus nocturne, imaginer des parcours culturels dans les écoles, inaugurer la maison de la justice et du droit… Sans augmentation d’impôt, tout cela n’aurait pas été possible. Si les gens continuent à faire de l’antifiscalisme, je vais proposer une journée ville-morte. J’arrêterai tout ce qui fonctionne grâce à leurs impôts : j’éteindrai les lumières, je couperai l’eau, je fermerai les écoles. Je suis capable de le faire. Comme ça, tout le monde sera guéri une fois pour toutes. Et on parlera de nous au niveau national.

« Ce dont je suis le plus fier, c’est la métropole »

I. – De quoi êtes-vous le plus fier depuis votre prise de fonction ?
O. B. – Avoir transformé cette ville en métropole. Faire partie des 21 grandes villes françaises. L’Histoire retiendra ça. Et qu’à la même époque, Limoges n’a pas su sauter dans ce train…

I. – Et le moins fier ?
O. B. – (Il réfléchit) Etre impuissant sur certaines questions. Je mesure le ras-le-bol de certains riverains sur des questions de sécurité, mais à certains moments, je suis impuissant. Les mecs font du bruit ? Je ne peux pas les prendre et les envoyer casser des cailloux à Cayenne… Cette impuissance à agir est parfois douloureuse. Et parfois, on ne peut pas faire les choses suffisamment vite. Du coup, les gens n’en perçoivent pas les effets immédiatement. Une chose me terrorise : si j’étais confronté à un attentat, j’espère que je n’aurais pas de responsabilités par des choix que je n’aurais pas fait, et que je serais à la hauteur de la confiance des Clermontois dans de tels moments.

I. – Vous disiez vouloir prendre part à la transformation du PS. Est-ce le cas ?
O. B. – Oui. J’ai signé avec onze amis du PS un texte dans Libé appelant à la rénovation. Nous allons en sortir un nouveau à l’occasion du vote des militants le 28 septembre. Nous pensons que les ateliers de la refondation sont une bonne chose, mais qu’un simple ripolinage des murs ne suffira pas… Nous essayons avec ce groupe de faire émerger une nouvelle génération politique de quadragénaires qui ont envie de prendre leurs responsabilités au moment où le PS en a besoin.

Photos © Jean-Paul BOITHIAS


Prenez la parole

Des réunions publiques avec le maire et les élus auront lieu à 19 h le mardi 12 septembre à la maison de quartier de Croix-de-Neyrat, le mercredi 13 septembre à la maison de quartier Fontaine-du-Bac, le jeudi 14 septembre au gymnase Granouillet, le jeudi 21 septembre à la salle Poly, le lundi 25 septembre à la Maison des sports (salle des conférences) et le mardi 26 septembre au stade Philippe-Marcombes (gymnase).

2 Réponses
  1. Lavest at |

    Lu attentivement l’article, si l’éclairage des rues est géré informatiquement et que nous sommes la première ville du monde à l’avoir fait, peut-on envoyer des photos des dysfonctionnements d’éclairage à Clermont-Ferrand ? Cdt.

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  2. Azerty at |

    Est ce que pendant la « journée sans impôts » (ahaha) les salaires du Maire, les nombreux adjoints et de tous les cadres A qui sont embauchés uniquement pour leur parti/nom de famille (suivez mon regard) ; bref les clientélistes, seront-ils stoppés ?
    Est ce que les subventions aux associations copines seraient baissés ?!?

    En attendant, une journée sans police municipale c’est pas la peine de le faire, c’est déjà le cas tous les jours !!!!

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