Jean-Louis Dumas Chemins ouverts

Jean-Louis Dumas Chemins ouverts
Selon Jean-Louis Dumas : « là où il y a une volonté, il y a un chemin… » © Valentin Uta.

Il a rejoint Saint-Jacques de Compostelle à pied, en trois mois. Un voyage presque naturel pour ce Clermontois, ancien rugbyman, puisque tout l’attirait vers la ville de Galice.

Est-ce quelque chose de l’ordre du destin ? Ou bien un simple et inexorable attrait qui le mena, par monts et par vaux, à sillonner les chemins jusqu’à l’Espagne profonde ? Le Clermontois Jean-Louis Dumas a en tous cas mené à bien, au printemps et l’été dernier, un « drôle » de périple, du quartier Saint-Jacques, là où se dresse la muraille de Chine jusqu’à la très catholique Saint-Jacques-de-Compostelle en Galice ibérique. « Mon père et mon beau-père se prénommaient Jacques. J’allais à l’école à Saint-Jacques et ai vécu rue du Pont-Saint-Jacques. Et ça n’est pas tout : je suis né le 25 juillet, jour de la Saint-Jacques. Il y a donc bien longtemps que l’idée me titillait, tous ces Jacques, cela veut peut être dire quelque chose » confie-t-il.

L’esprit d’équipe

Bien avant son voyage en forme de pèlerinage, Jean-Louis Dumas a travaillé chez Michelin, dans la maintenance. Et il fut très longtemps un joueur de rugby, à Beaumont, d’abord, puis à Saint-Amand-Tallende. Il n’a, en effet, rangé les crampons qu’à l’âge de 54 ans, effectuant ainsi trois décennies de compétition. « Le rugby a été essentiel dans ma vie et je dois remercier mon épouse d’avoir accepté que j’y consacre autant de temps, de week-ends, de jours d’entraînement. » précise-t-il. « Dans ce sport, c’est l’esprit d’équipe que j’ai aimé par dessus tout, être ensemble, se serrer les coudes. Durant toutes ces années, j’ai partagé une aventure avec des centaines de joueurs et côtoyé plusieurs générations. Ce fut une grande richesse et j’ai conservé des amitiés solides. » Aujourd’hui, l’ancien seconde ou troisième ligne suit l’actualité du rugby avec une certaine distance. Il n’a pas l’esprit étriqué d’un supporter. « Peu importe que les vainqueurs portent un maillot jaune et bleu ou bien d’une autre couleur. L’important est que les meilleurs gagnent et que certaines valeurs soient respectées. »

Pélerin

Il a donc trouvé un autre terrain : plus vaste. Et d’autres décors, jamais les mêmes, au fur et à mesure de son itinéraire de pèlerin. « Lors d’une randonnée en famille dans les Alpes, j’ai aperçu une phrase inscrite sur un cadran solaire : «  là où il y a une volonté, il y a un chemin »…Cette formule, je l’ai reprise à mon compte, modestement » explique le Clermontois. En avril dernier, il s’est élancé depuis la capitale auvergnate, avec un projet bien établi. Il irait jusqu’à Saint-Jacques en moins de quatre mois, soit un périple d’environ 2000 km. Et pas question de caler… « Les premiers jours ont été difficiles. D’abord pour les bras et le dos. Je suis un adepte de la marche avec un bâton qui constitue un point d’appui précieux et allège les jambes. Le revers de la médaille, c’est que le bras fatigue… Quant au dos, il souffrait à cause du sac un peu top chargé… »

Mais, Jean-Louis Dumas franchit le cap, empruntant d’abord la via Arverna, avec ses dénivelés, puis sa variante avant de traverser les Pyrénées par le GR10. En Espagne, il chemine sur le Camino Norte puis le Camino Primitivo avant de rejoindre le plus « traditionnel » Camino Francès. En trois mois, le voilà à Saint-Jacques de Compostelle. Pas tout à fait le but de son parcours puisqu’il se rendra jusqu’au Cap Finisterre, qui surplombe l’Océan Atlantique, et à Muxia avec son sanctuaire de la Vierge de la barque avant de retrouver « Santiago ».

Au bout du chemin

Il a regardé, observé, découvert tout au long de son parcours. « Tout, les paysages, les fleurs qui éclosaient au printemps et le patrimoine, le long de la route, des petits objets fabriqués par des hommes et témoins d’une histoire. » Et il a beaucoup pensé aussi. « Le fait de marcher, d’être en mouvement, cela fait réfléchir. L’esprit est perpétuellement en éveil, on pense parfois à de petites choses ou à des trucs délirants » explique-t-il. Le pèlerin n’exclut pas la dimension mystique du chemin vers Saint-Jacques. Il s’est arrêté de multiples fois dans les églises au fil de l’itinéraire. « Je ne les ai pas ignorées, au contraire. J’y rentrais pour la quiétude, les impressions et aussi pour leur beauté intemporelle. » De retour à Clermont, Jean-Louis Dumas a retrouvé le cours ordinaire de la vie moderne, presque naturellement, avec les petits tracas et les grandes contraintes. Mais il lui reste sans doute des chemins à parcourir, lui qui n’exclut pas de repartir vers Santiago en empruntant un autre itinéraire. Tous ces Jacques autour de lui, et si c’était un signe ?

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