Sébastien Layral, Le goût des autres

Sébastien Layral, Le goût des autres
Dans son travail, le place du modèle est à son paroxysme © Valentin UTA.

A travers ses œuvres, cet artiste de Châtel-Guyon interroge son rapport aux autres et invite le public à en faire autant. Un travail collaboratif mûri depuis de nombreuses années.

Son destin ressemble à cette ligne, tatouée, qui lui traverse le visage. Fait de circonvolutions, d’hésitations, de décisions, de changements de directions. Aurait-il seulement supporté la ligne droite, la vie sans surprise, les lendemains prévisibles ? Sans doute pas… D’ailleurs, malgré les coups du sort, Sébastien Layral sait exactement où il va et comment il y va. Si bien qu’aujourd’hui, il se dit en paix avec lui-même. « Je suis en phase ; car j’ai trouvé ma place pour questionner tout ça. » Tout ça ? Sa place dans la société ; et le sens qu’il prête aux principes – dévoyés – de liberté, d’égalité et de fraternité. « Ces principes sont censés mettre la relation humaine en avant. Or, c’est l’inverse qui se produit » analyse ce quadra qui exècre l’assimilation de l’Homme à une « fonction. »

« Je ne suis pas peintre »

Sébastien Layral ne peint pas pour peindre. Tout son travail est pensé, raisonné, analysé. « Je ne suis pas peintre. Je ne laisse pas vagabonder mon émotion libre de raisonnement. Sinon, elle s’éteindrait d’elle-même. Au contraire, je la fais rentrer dans des concepts pour travailler certains sujets. » En clair : son rapport au monde et aux autres…

Sébastien Layral a ouvert son atelier à Châtel-Guyon en 2006. Avant, il était installé à Clermont-Ferrand. C’est en 2002 qu’il a « déraillé ». « Pendant près de 10 ans j’ai arrêté les expos, les lieux d’art, pour me recentrer sur un travail de fond. J’ai réétudié  les vertus que j’avais perdues. » Ces vertus – la gaieté, la passion, le doute, l’émotion, la justesse… -, Sébastien Layral va jusqu’à se les tatouer sur le corps. Si possible, lors de performances, le tout en lien avec sa peinture. « Je porte les choix de tous. Je l’accepte. Je me positionne avec les autres » insiste-t-il. Chez Sébastien Layral, l’œuvre n’existe qu’à travers le triptyque artiste, modèle, public. Enlevez un élément et elle n’aura plus de sens.

Un exemple : dans sa série participative « Avec », exposée dernièrement au Grand Hôtel de la cité thermale, ce natif de Rodez n’a livré que des demi-portraits. A charge au modèle de combler l’espace vide, de livrer sa propre vérité. Agissant ainsi, le peintre a revisité malgré lui un genre – celui du portrait – figé depuis des lustres dans un confortable conformisme « Non, une œuvre d’art ne sert pas à rien » aime-t-il à rappeler.

Populaire et force de proposition

A la fois populaire et force de proposition, cette œuvre hors norme donne à voir comme à penser. Gamin, Sébastien Layral n’avait qu’une seule idée en tête : devenir artiste. Il l’est devenu. Après un bac en arts appliqués à Aurillac, il passe trois ans aux Beaux-Arts à Toulouse entre 1992 et 1995. Il en garde un souvenir amer : il n’a pas été autorisé à présenter son travail au diplôme. Mais qu’importe. Il s’est relevé en faisant les pires boulots, et d’autres plus intéressants. Photographe dans l’armée de l’air, il s’est trouvé une salle pour jouer du pinceau, sans que cela ne pose de problème à personne. Il a également piloté un atelier de peintures pour jeunes autistes. Sébastien Layral n’a décidément pas que le goût de la peinture. Il a aussi le goût des autres…

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