Des outils pour revitaliser le commerce

Des outils pour revitaliser le commerce
Le marché Saint-Pierre pourrait se muer en « Pôle Gourmand ». Un lieu vivant et convivial pour se restaurer et faire ses achats. © E. Therond

Chahuté par Internet, délocalisé en périphérie, fragilisé par la baisse du pouvoir d’achat… Le commerce de proximité doit relever de nombreux défis à Clermont-Ferrand. La Ville a établi un plan d’actions concerté.

Certes, tout n’est pas si noir. Certaines enseignes tirent leur épingle du jeu. Et le chiffre d’affaires réalisé par les commerçants du centre-ville semble s’améliorer depuis quelques mois… Il n’empêche : malgré quelques signaux positifs, le commerce clermontois doit faire face à des défis majeurs, comme l’essor du e-commerce (+14,6 % en France en 2016), la hausse de la vacance commerciale (qui atteint 7 à 8 % localement) et la baisse de fréquentation dans certaines rues stratégiques (Charras, Le Port, Pascal…) Dommageable pour l’économie, cette situation l’est aussi pour l’image du territoire : rien de pire qu’un rideau fermé et tagué pour faire fuir les badauds.

La Ville a présenté dernièrement aux commerçants sa boîte à outils pour développer le tissu commercial et artisanal. Visiblement, les intéressés en avaient gros sur la patate. D’ailleurs, ils ne se sont pas gênés pour le dire au maire… Et c’est tant mieux, à en croire Claude Barbin, président départemental de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI). « Ils avaient besoin de dire des choses, de vider leur sac… Cela a été dit. Nous cherchons à être collaboratif. C’est le salut de notre territoire » a-t-il déclaré en marge de cette première réunion de travail. Pour écouter les doléances des uns et des autres, Olivier Bianchi promet d’organiser des assises du commerce une fois par an. « Il s’agira d’évaluer, de corriger, d’atténuer ou de renforcer telle ou telle politique publique. Il faut les faire converger pour que la politique commerciale soit soutenue. »

 

Le droit de préemption étendu

Les mesures orchestrées sont le fruit de plusieurs mois de travail. Elles seront menées en partenariat avec Clermont Auvergne Métropole, les unions commerciales et les chambres consulaires. Quelles sont-elles ? Primo, le maire et son équipe ne veulent plus de grandes zones commerciales à l’extérieur de la ville, car elles participeraient au déclin du centre. Le grand projet autour d’Ikea, pour ne citer que lui, ne devrait donc pas se concrétiser.

Un autre axe de travail consistera à créer un environnement propice au développement commercial. Concrètement, à rendre plus esthétique le cadre urbain, via la création d’une aire de valorisation de l’architecture et du patrimoine sur la butte centrale, l’élaboration d’un nouveau règlement local de publicité intercommunal, l’ouverture d’un guichet professionnel pour faciliter les démarches des commerçants, l’amélioration de la signalétique dans le centre-ville et la révision de l’accessibilité des bus touristiques.

Sur la rue du Port en particulier, une étude de mise en valeur de Notre-Dame est en cours. Le dossier étant long et complexe, il faudra s’armer de patience avant d’en connaître les tenants et les aboutissants. « Delille sera la prochaine place à requalifier » ajoute Olivier Bianchi.

Il s’agira ensuite de « combattre » la vacance commerciale. « Même si Clermont-Ferrand s’en sort mieux sur ce domaine que d’autres villes de tailles identiques, il n’en reste pas moins que si nous n’agissons pas rapidement, ce phénomène peut vite devenir préoccupant » prévient Claude Barbin.

Pour tenter d’enrayer ce fléau, le droit de préemption commercial sera renforcé. Mis en place en février 2016 autour de la gare, il sera étendu à d’autres quartiers. Objectif : lutter contre les phénomènes de mono-activité et maintenir une certaine mixité commerciale. Un groupe de travail « collégial » sera créé pour examiner les dossiers. Enfin, une « veille » sur les locaux vacants sera organisée. Elle permettra d’analyser plus finement les secteurs victimes de ce problème. Vitrophanie et boutiques éphémères devraient être développées pour boucher les « trous » éventuels.

Si la Ville souhaite « faciliter » le développement des animations, elle veut s’impliquer davantage dans leur déploiement. « Du point de vue du maire, la braderie, c’est passéiste » a lancé Olivier Bianchi à des commerçants un peu médusés. L’édile aimerait des animations à la hauteur de ses ambitions métropolitaines… Ce sujet sera sans doute abordé par le « conseil consultatif » des commerçants, une nouvelle structure censée faire avancer les projets.

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En progression, le phénomène de la vacance commerciale reste inquiétant. © E. Therond

Un manager du commerce recruté

Mais la mesure la plus forte reste le recrutement (en septembre) d’un « manager du commerce ». Sa mission : développer l’attractivité commerciale en agissant directement sur son organisation (aide aux porteurs de projets, développement d’enseignes, encadrement des mutations…) Un travail de communication est envisagé pour doter le secteur d’une identité fédératrice.

Enfin, la municipalité souhaite renforcer l’attractivité des marchés et des halles. Au cœur de ce projet, le marché Saint-Pierre. Parce qu’il connaît des difficultés, son offre et son fonctionnement devront évoluer. Avec les commerçants, la Ville entend favoriser l’émergence d’un « Pôle Gourmand », où les Clermontois pourront aussi bien remplir leur cabas que se restaurer avec des produits de qualité.

Pour affiner l’ensemble de ces mesures, la CCI va déployer plusieurs outils d’aide à la décision notamment une enquête sur les flux de consommation (pour savoir qui consomme quoi, à quel endroit, et sous quelle forme de vente) et Actiscope Web, permettant de déterminer mensuellement le niveau de performance d’un espace marchand ou d’un secteur d’activité.


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Alban Pereira préside Clermont Commerce © E. Therond

« Quelque chose ne fonctionne pas »

Réélu pour trois ans à l’unanimité à la tête de la Fédération Clermont Commerce, Alban Pereira, antiquaire rue du Port, ne sait pas vraiment sur quel pied danser avec la municipalité. D’un côté, il sent une volonté de faire avancer les choses. Il est également rassuré sur les moyens alloués à la fédération. De l’autre, il a vraiment le sentiment que l’association est écartée des discussions, alors qu’on lui a promis le contraire…

Exemple : « une réunion d’information sur les fêtes de Noël a été organisée avec les associations de quartiers, mais Clermont Commerce n’a pas été conviée. Pourtant, elle compte plus de 130 adhérents. C’est la plus importante de la ville. Si on ne veut pas travailler avec nous, il faut nous l’annoncer clairement. On ne peut pas mépriser à ce point les commerçants de la fédération. Pourquoi ne pas nous avoir invité ? Quelque chose ne fonctionne pas » regrette-t-il, inquiet pour l’avenir de la structure.

Certes, la fédération a accepté que la Ville reprenne l’organisation des animations. Mais Clermont Commerce ne s’attendait pas à être mise ainsi sur la touche… « On dirait qu’ils ont envie de détricoter tout ce qui a été mis en place » déplore le président. Alban Pereira demande désormais une réponse nette et précise à la question suivante : Clermont Commerce est-elle encore partenaire de la collectivité ?

 

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