Quel nom pour la Grande Région ?

Depuis le 1er janvier 2016, Auvergne et Rhône-Alpes forment une même collectivité, à qui il faut trouver un nom et avec lequel il faudra vivre…

Quel nom pour la Grande Région ?
La salle d’assemblée à Lyon © Marc Chatelain.

Auvergne- Rhône-Alpes (AURA ou ARA), ou Rhône-Alpes-Auvergne (RAA) ? La question n’est pas anodine, et le choix qui sera fait en dira long sur la suite de la fusion. Doit-on accueillir le nouvel arrivant en le plaçant en tête ou le raccrocher à la traîne ?
La nouvelle dénomination devra être le reflet de la géographie, peut-être de l’histoire, du patrimoine, ou de la culture… en un mot l’identité d’une région et de sa population. Ce nom sera une carte de visite, une vitrine, et donc un enjeu majeur pour l’économie et le tourisme. Si les échanges économiques entre Rhône-Alpes et l’Auvergne sont très importants, les deux régions n’ont guère de passé commun. L’Auvergne constitue la limite nord de l’Occitanie et du langage d’Oc, tandis qu’à Lyon, on parlait l’arpitan, un patois dérivé du parler provençal.
Les liens ont parfais été cruels : en 1794, au plus fort de la Terreur, le Clermontois Couthon à la tête d’une armée de 10.000 hommes encercle Lyon et fait bombarder la ville révoltée contre la République, et avec Fouché et Collot d’Herbois qui lui succèdent, lui font vivre sans doute la période la plus noire de son histoire. Plusieurs milliers de victimes de tous âges, sexes, et conditions, et 200 destructions de maisons, soldent l’insurrection…
La perte d’autorité de Clermont-Ferrand au profit de Lyon, nouvelle capitale régionale, avec la clé 3.000 fonctionnaires en moins localement sur cinq ans, constitue un point négatif pour la fusion. On n’a pas oublié non plus le démontage par Air France, du hub aérien clermontois au profit de l’aéroport Saint-Exupéry à Lyon.
Laurent Wauquiez, président de la Région, a invité les lycéens auvergnats et rhônalpins à faire des propositions de noms. 4.600 lycéens (sur 260.000) se sont exprimés avec des résultats décoiffant. Des consultations ont eu lieu aussi en Rhône-Alpes, et la population auvergnate pouvait s’exprimer jusqu’au 25 mars sur le site Internet de la Région.

Rhalpa, Valrhonie, Centralpine …

Quel nom pour la Grande Région ?
Le nom n’a aucun intérêt », assure Franck Chignier-Riboulon, professeur de géographie à l’université Blaise-Pascal ©JJA.

Voici un florilège : Aurhoal, Auvalpes, Auvergne et sommets, Centre-Alpes, Chérie-Volcans, Entre Monts et Rhône, 2 Montagnes, Grande Auvergne, Hautes chaînes de France, La Rognale, Lyon et Montagnes, Puyrhônealpes, R2A, ou encore Volc’en Loire. Il y en a pour tous les goûts, dont certains plutôt indigestes. En voilà d’autres : Alpes-Auvergne, Arpitania-Savoie-Dauphiné, Grand-Centre-Est, Grand Rhône, Lacs et montagnes, Monts de France, Monts et vallée, Occitania nord, Région aux mille fromages, La Stéphanie, Région des deux Massifs, Rhalpa, Rhauvergne ou Rhôvergne, Rhodanie, Rhônava, Rhône et Loire (ou Loire et Rhône), Valrhônie, ou Vulcanialpes, Rhonava-Sancy-Mont-Blanc, RhôvergneRhône, Rhône-Auvergne-Savoie, Terre du milieu…
Un petit coup d’occitan ne peut nuire : Auvèrnhe-Ròse-Aups, et en arpitan, parlé autrefois du Forez à la Suisse, on obtient : Ôvèrgne-Rôno-Arpes…
Mention toute particulière à Christian Moncelet, Maître-malaxeur de mots, que nous avons sollicité. « Les résultats ne sont pas probants », confie-t-il. « J’ai cherché avec les débuts des noms des grandes villes, sans rien d’intéressant. Je proposerai bien « La Centralpine » mais les rieurs y verront une allusion grivoise »… Si l’on se réfère aux provinces ecclésiastiques en vigueur dans le clergé jusqu’en 2002, la toute jeune Grande Région recouvre tout ou partie des provinces d’Auvergne, du Lyonnais, du Dauphiné, de la Bourgogne, et de la Savoie qui existaient bien avant la Révolution. Autre piste, l’Auvergne et Rhône-Alpes sont rattachées dans la Zone de défense Sud-Est. L’Alsace-Lorraine-Champagne-Bourgogne étant la zone Est, et le littoral méditerranéen, la zone Sud. Les militaires ne font pas dans la poésie.
Brice Hortefeux, député européen et vice-président de la Grande Région est favorable à titre personnel, à Auvergne-Rhône-Alpes. « Je souhaite que le mot Auvergne apparaisse dans le futur nom, et de préférence au début ». Laurent Wauquiez, président de la Région, n’aime pas les noms marketing, « surtout quand on a des noms de terroir forts comme les nôtres qui sont Auvergne, Rhône et Alpes. Il a déclaré à la Foire de Lyon : « On va rester dans du bon sens, du pragmatique et quelque chose qui parle aux gens ». Jean-Jack Queyranne, l’ancien président était favorable à l’AURA. Il avait aussi proposé Auralpes.
Auvergne-Rhône-Alpes respecte l’ordre alphabétique et décrit, quand on regarde une carte, le défilement géographique de gauche à droite. L’AURA qui en résulte, évoque un prénom féminin et une sorte de halo de lumière rayonnant, marque d’une divinité. L’ARA est carrément exotique, puisqu’il s’agit d’une variété de perroquets au plumage vif d’Amérique latine.
Le RAA de Rhône-Alpes-Auvergne signifie pour les médecins un Rhumatisme articulaire aigu, et un Recueil des actes administratifs dans les services de l’Etat. Pas très palpitant. RÂ est aussi le dieu du disque solaire dans la mythologie égyptienne, mais cela sonne aussi comme un rat, ce qui est moins glorieux…

Et les autres ?

Quel nom pour la Grande Région ?
Brice Hortefeux veut le mot Auvergne dans le futur nom, « et devant de préférence ». Laurent Wauquiez veut rester « dans le bon sens » ©JJA.

On connaît PACA, le célèbre acronyme de Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Ce sera facile pour la Haute et Basse-Normandie qui retrouvent la Normandie. En Bourgogne-Franche-Comté, on pourrait accoler les deux dénominations. Le Conseil régional du Nord-Pas de Calais-Picardie a approuvé les Hauts-de-France (on pourrait dire aussi Bas-de-Belgique) qui a devancé de peu Terres-du-Nord et Nord-de-France. En Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, les débats sont les plus vifs. Le nom patrimonial d’Occitanie tiendrait la corde, devant Occitanie-Pays Catalan et Languedoc.

Quel nom pour la Grande Région ?
Christian Moncelet proposerait bien la Région Centralpine, mais craint que les rieurs n’y voient « une allusion grivoise » ©JJA.

Et en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes ! Un trublion a aimablement composé « APOIL ». Plus sérieusement, ce pourrait être la Grande Aquitaine, Aquitania, Sud-Ouest Atlantique. Mais le Limousin et Poitou-Charentes en seraient exclus. En Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, c’est un vrai casse-tête. Le nom générique de Grand Est pourrait mettre tout le monde d’accord.
« Le nom n’a aucun intérêt », assure Franck Chignier-Riboulon, professeur de géographie à l’université Blaise-Pascal.. « Rhône-Alpes est déjà une invention. Je pense qu’il faut garder le nom d’Auvergne. Auvergne-Rhône-Alpes serait bien. Il me semble difficile d’écarter Rhône et Alpes. Une Région Grand Centre ou Centre Est ne voudrait rien dire. Aura ou RAA ? Quelle horreur ! Cela ne dira rien à des Américains et autres qui ne connaissent pas forcément Lyon. PACA étant déjà une connerie. Pourquoi Hauts-de-France, au lieu de Flandres ou Picardie ? Cela me dépasse ».
Quoi qu’il en soit, le futur nom ne sera pas anodin pour les finances régionales. A nouveau nom, nouveau logo, nouvelles enseignes et fanions sur les bâtiments régionaux, nouvelles sérigraphies sur les trains TER et les véhicules de la Région, nouveaux papiers à en-tête, nouveaux stickers, nouvelles cartes de visites…
Nos 204 élus régionaux vont débattre et adopter un nom avant le 1er juillet. La validation par le Conseil d’Etat, interviendra avant le 1er octobre. Après le nom de la Région, il faudra aussi trouver un nom pour les habitants. Et là-aussi, cela promet d’être grandiose… Si vous êtes adepte des Scrabble, Boggle et autres jeux de mots, c’est le moment où jamais !

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