Jean-Philippe Monjot : « Le roman noir est un lieu d’expérimentation »

Qui a massacré les chèvres de Dubourg dans les Combrailles ? Les gendarmes ont bâclé l’enquête, Cécile Florac la reprend… Journaliste au Semeur-Hebdo, Jean-Philippe Monjot signe avec « Troubles dans le bocage » un premier roman très réussi.

Jean-Philippe Monjot : « Le roman noir est un lieu d’expérimentation »

« Troubles dans le bocage » est votre premier roman. Pourquoi le choix du roman noir ?

Le genre est le terrain idéal pour évoquer la transgression, le crime, un monde en crise. Un contexte social aussi, et je pense au néopolar français des années 1970 où la description d’un milieu particulier, avec un ton particulier, servait à porter une critique sociale. Puis le roman noir est depuis toujours un lieu d’expérimentation pour l’écriture. J’éprouvais le besoin de transgresser les codes de la narration classique, pas de les bouleverser, plutôt de les tordre pour décrire un monde où les choses tournent encore mais où la mécanique est vrillée, faussée, proche de la rupture.

En toile de fond, il y a le monde rural en crise, l’importance de la terre. Un sujet qui vous intéresse particulièrement ?

Il m’intéresse en cela que la crise y est à vif. J’ai écrit ce roman bien avant les manifestations des Gilets jaunes. Et qu’entend-t-on au cœur de ce mouvement, pour le monde rural ? Le sentiment d’abandon. Un sentiment justifié. Et dans cette ruralité, que reste-t-il lorsque tout a disparu ? La terre et le peu de paysans encore en activité. Autrefois on se faisait la guerre, pour la terre, c’était le lieu de toutes les convoitises. On l’a oublié… Mais dans un monde en crise, les atavismes ancestraux resurgissent.

Le roman est librement inspiré de faits réels. Pourriez-vous en dire plus sur cette histoire ?

Je me suis documenté sur l’affaire du chevrier des Combrailles. C’était en 2008. Mais ce n’était pour moi qu’une source d’inspiration pour un travail sur une fiction. Une fiction pour mettre en lumière cette critique sociale que j’évoquais. Et la fiction se doit de dépasser la réalité, sinon elle n’apporte rien. Cette affaire aurait pu se dérouler n’importe où. Malgré tout, les Combrailles offrent un cadre magnifique, j’en conviens.

N’est-ce pas un exercice difficile de basculer de l’écriture journalistique à la fiction ?

Dans mon cas, non. Mais parce qu’avant d’être journaliste, je brûlais les planches, j’étais comédien professionnel, dans une autre vie… Un comédien est un raconteur d’histoires au travers de personnages. D’un autre côté, l’écriture du journaliste aide aussi. Elle aide à dérouler une intrigue policière, à respecter une logique factuelle. Peut-être est-elle là, la magie du roman noir, une logique implacable doublée d’un flirt avec la folie des hommes.

Jean-Philippe Monjot : « Le roman noir est un lieu d’expérimentation »

« Troubles dans le Bocage », Éditions Territoires Témoins, coll. Borderline., 18 €

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