Brice Izzo le funambule sur deux roues

Brice Izzo le funambule sur deux roues
« Dans notre discipline, le risque est présent et nous en sommes bien conscients », affirme Brice Izzo (© Benjamin Chérasse).

Avec le Japonais Watanabe, l’Australien Brown et l’autre Français Texier, il fait partie des quatre freestylers qui effectueront des démonstrations au stade Michelin entre les manches du SX Tour. L’un des meilleurs performeurs tricolores, le pilote corse nous dit tout d’une discipline exigeante et ultra-spectaculaire.

Info – Vous avez été vice-champion de France de Supercross il y a quelques années, comment vient-on au freestyle ?
Brice Izzo – En fait, j’aimais ça depuis le début. Quand je faisais du supercross, je regardais toutes les démonstrations de freestyle. Ça me plaisait beaucoup. Un jour, je me suis dit qu’il fallait que je m’oriente vers cette discipline. Financièrement, il était aussi difficile de vivre du motocross et du supercross.

I. – Etes-vous nombreux à vivre du freestyle ?
B. I. – Dans le monde, nous sommes nombreux mais en France, on doit être à peu près une dizaine à vivre de ce sport.

I. – Combien de temps faut-il pour arriver dans le gratin mondial du freestyle ?
B. I. – (Il souffle…) Ce sont des années entières de pratique et même une vie sur la moto. Il n’y a pas que les figures, il faut aussi savoir sauter. On apprend ça depuis l’enfance.

I. – A quoi ressemble votre quotidien, vous entraînez-vous tous les jours ?
B. I. – Effectivement, dès que le temps le permet, je m’entraîne. Je vis en Corse depuis quatre ans, dans la région de Bastia. Le temps est propice ici, il y a beaucoup moins de vent que dans le sud de la France. Lorsque je prépare un événement, je m’entraîne environ quatre fois dans la semaine. Généralement, je fais de la moto le matin et l’après-midi est consacrée à la préparation physique, avec de la course à pied, de la musculation ou du cross fit.

I. – Où vous entraînez-vous en Corse ?
B. I. – Je possède un terrain près de Bastia ou je dispose de tous les équipements nécessaires, des rampes de saut, des bacs à mousse, etc.

I. – Quand vous travaillez de nouvelles figures, combien de temps faut-il pour les assimiler ?
B. I. – ça dépend en fait. Tout est question de feeling. Pour les figures droites, sans back-flip (saut périlleux arrière), on les apprend petit à petit. Lorsque l’on intègre un back-flip, on s’entraîne dans le bac à mousse, une sorte de grande piscine hors-sol remplie de blocs de mousse. Après, c’est très variable. Il peut y avoir des figures où l’on bloque une année entière, d’autres passent au terme d’un entraînement.

I. – On imagine que la chute fait partie du métier, comment gérez-vous cela d’un point de vue psychologique ?
B. I. – J’en ai déjà connu, j’en ferai d’autres. Je me suis déjà cassé le talon. En fait, on essaye de ne pas trop y penser. Le risque est présent et nous en sommes bien conscients. En moyenne, nous montons à plus de 10 mètres de hauteur et les sauts font 23 mètres de long. On se protège au maximum avec les équipements mais sans que cela nuise à la mobilité sur la moto. La répétition des sauts, les automatismes, l’entraînement, tout cela permet de diminuer le risque de chute. Le matériel est aussi prépondérant, je change de moto souvent afin d’éviter les pépins mécaniques.

I. – Est-ce que l’approche et les conditions de saut sont différentes entre un stade et une salle ?
B. I. – Non pas vraiment. Nous avons les mêmes rampes de saut, les mêmes réceptions. C’est un peu comme chez moi lorsque je m’entraîne. Après, il existe de petites différences. La météo, notamment le vent, peut parfois influer, même si à Clermont, on sera à l’intérieur du stade. En indoor, nous sommes parfois embêtés par la taille réduite des salles, nous n’avons pas beaucoup de prise d’élan et la zone de freinage est courte.

Brice Izzo le funambule sur deux roues
Brice Izzo et les freestylers proposent un vrai spectacle avec des sauts de 10 mètres de haut et près de 25 mètres de long (© Benjamin Chérasse)

I. – Vous serez 4 au stade Michelin, à Clermont, pour effectuer des démonstrations. Quels rapports entretenez-vous entre riders ?
B. I. – On se connaît bien. Nous avons roulé plusieurs fois ensemble. Ça se passe bien. Là, il s’agit en plus d’un show, ce n’est donc pas une compétition où chacun espère gagner. A Clermont, nous serons là pour faire le spectacle. L’ambiance sera détendue, on va rigoler entre nous et je pense que cela se ressentira durant la soirée.

I. – Combien de shows ou de compétitions faites-vous dans l’année ?
B. I. – Je suis quelqu’un qui tourne pas mal sur le circuit. En moyenne, c’est entre 30 et 35 rendez-vous par an car je participe au championnat du monde. A l’automne, j’irai deux fois en Chine. Je me rendrai en Pologne, beaucoup en Allemagne aussi car les organisateurs du mondial sont allemands. Je participe également à des salons de la moto.

I. – Vous avez 32 ans, vous vous voyez pratiquer la discipline pendant combien de temps encore ?
B. I. – (Avec le sourire). Le problème dans notre sport, c’est que l’on ne peut rien prévoir. Une grosse chute peut mettre fin à votre carrière. Dans l’idéal, je me vois bien sauter trois ou quatre années encore avant de faire autre chose. Je n’exclus pas de rester dans le monde du freestyle. Faire tourner ma propre équipe, devenir agent de pilotes… Je le fais déjà un peu et ça me plait beaucoup. Il est possible aussi de devenir juge sur les épreuves de championnat du monde. C’est assez bien payé en plus. Pour l’heure, je suis en train d’importer en Corse une boisson énergétique, Hexis, une marque française. J’ai donc pas mal de projets.

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