Cédric Moutarde Culturiste au grand cœur

Cédric Moutarde Culturiste au grand cœur
A Bruxelles, au mois de novembre dernier, Cédric Moutarde s’est hissé sur la plus haute marche du podium lors des championnats de Mister Univers Handisport 2018. Un coup de maitre pour sa deuxième compétition internationale après les Arnold Classic.

Non voyant, ce bodybuilder au grand cœur possède une âme de voyageur. Il a remporté en 2018 le titre de Mister Univers handisport et s‘est classé 5ème lors des prestigieux Arnold Classic Europe.        

Un appartement du quartier Fontgiève. Il est 9 heures. Une pale lumière d’hiver éclaire le petit salon. Dehors, Clermont-Ferrand s’éveille doucement. L’heure n’est pas encore aux réjouissances. Dans la pièce voisine, transformée en salle de musculation, Cédric Moutarde soulève ses deux trophées, au milieu de nombreux appareils de musculation. C’est là qu’il s’impose de violentes séances de travail, là qu’il se sculpte un corps d’éphèbe. Longuement. Patiemment. A l’abri des regards. En septembre dernier, le bodybuilder s’est aligné à Barcelone sur les prestigieux « Arnold Classic Europe », une compétition internationale organisée chaque année par Arnold Schwarzenegger. 60 pays représentés. 1800 athlètes…

« Je n’avais jamais fait de compétition à l’étranger. C’était mon rêve d’y participer », glisse Cédric, en effleurant le trophée du bout des doigts. Résultat ? Une 5ème place parmi les valides. Au-delà de ses espérances. « J’ai joué sur la sèche plutôt que sur le galbé. J’avais le visage déchiré. J’étais descendu à 75 kilos avec un indice de masse graisseuse de 4 ! » Les spécialistes de la prépa physique apprécieront. Trois mois auparavant, outre l’entraînement physique quotidien, le culturiste s’était astreint à un régime alimentaire draconien. Cinq repas par jour, hyper protéinés. Au menu : blanc d’œuf, blanc de poulet, poissons et légumes verts. Point barre.

L’année 2018 fut décidemment faste pour le Clermontois. Deux mois plus tard, il participait aux épreuves de Monsieur Univers à Bruxelles, en Belgique. C’était la première fois qu’il concourrait dans la catégorie handisport. Bilan ? Le culturiste raflait le titre suprême. « Tout était fluide, c’était très agréable. Je n’avais jamais connu ça », confie-t-il, la tête encore un peu dans les lumières du plat pays.

GLOBE-TROTTER DANS l’ÂME

A 41 a ns, Cédric Moutarde a donc touché au graal. Une belle revanche sur la vie qui ne l’a pourtant pas épargné. C’est en effet à l’âge de 16 ans que le jeune homme originaire de Pontaumur a découvert la musculation. Epais comme un moineau, l’adolescent turbulent essuyait les quolibets. « Après mon arrivée à Clermont, je suis allé dans une salle de sport de la rue Sainte-Claire, le Gymnasium. »

Mais la vie de Cédric bascule un beau soir d’août 1998. Victime d’une rixe violente à la sortie d’une boîte de nuit. « J’ai fait 36 jours de coma et 7 jours de rééducation. » A son réveil, le jeune homme est aveugle. Il pèse mois de 50 kilos, a perdu la sensibilité du côté gauche. Plus de sport, plus d’alcool… Les médecins ne lui laissent que peu d’espoirs. Mais lui n’en a cure. « On peut en vouloir à la terre entière, ça ne sert à rien. J’ai pris la vie d’une autre manière. Je me suis dit que j’allais continuer. La volonté a tout changé. »

Six mois plus tard, il affiche 20 kilos de plus sur la balance. En mai 1999, il s’aligne sur une compétition. Déjà une petite victoire en soi. Vingt ans après l’incident, sa passion pour le body-building s’est encore renforcée. Il compte plus de 40 compétitions au compteur. Au moins deux titres de champion de France. Il ne sait plus très bien. Car l’homme n’aime pas compter. Il n’a jamais cherché à médiatiser ses performances. Par discrétion. Humilité. Sur Facebook, réceptacle de toutes les dérives nombrilistes, il n’arbore que deux publications. Elles datent de 2011, l’année où il effectue son baptême de saut en parachute, dans un coin perdu de Roumanie.

Car entre-temps, Cédric Moutarde s’est forgé une âme de baroudeur. De vrai globe-trotter. En 2006, il parcourt la Thaïlande lors du putsch politique. Seul avec son sac à dos, sans maîtriser un mot d’anglais. Puis ce sera la Roumanie, la Bulgarie, la Russie et l’Ukraine en 2015, en pleine guerre civile. « En 2016, j’ai fait la Birmanie dans un village sans eau courante. Un rêve. J’ai visité un orphelinat et je parraine désormais une enfant là-bas. »

Alors, quand le culturiste au grand cœur contemple la France après avoir côtoyé une partie de la misère du monde, il n’en peut plus d’entendre les mêmes jérémiades. « Nous avons trop de choses. Nous sommes trop assistés. »

Cédric Moutarde Culturiste au grand cœur
Le bodybuilder présente ses trophées. « J’aime bien concourir avec les athlètes valides. Si je peux leur donner une leçon… », dit le compétiteur.

2019 : LES CHAMPIONNATS D’EUROPE

Revenant à sa discipline, il se dit ouvertement contre le dopage et souhaite combattre les préjugés sur le body-building. « Les gens pensent que ce n’est pas un sport. » Cette année, il a prévu de s’aligner sur les championnats de France, au mois de mai, et les championnats d’Europe qui auront lieu à Rome. Il devrait refaire aussi les Arnold Classic. Dans ce sport qui ne rapporte rien « et qui coûte de l’argent », le culturiste est bien décidé à trouver des sponsors (avis aux bonnes âmes !). Pour réussir dans le milieu, Cédric Moutarde voit trois ingrédients essentiels : « la fidélité à l’entraînement, une bonne nutrition, des plages de repos pour bien récupérer », liste-t-il, en déplorant que d’aucuns, aujourd’hui, veulent des résultats sans faire d’efforts.

Depuis quelques années, ce passionné d’informatique et de musique offre bénévolement des conseils sur l’alimentation et la nutrition. Histoire d’aider les bodybuilders à progresser. Il a d’ailleurs créé un site Internet : www.cedriko.com

Son handicap ? Cédric Moutarde en a fait aujourd’hui une force. Incontestable. Admirable. « Je me considère même comme non-voyant à mi-temps. Quand je dors, je rêve encore », aime-t-il à répéter, tout sourire, avant de refermer la porte de son petit appartement.

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