Jean-Luc Ettori : « Le football reste toujours l’opium du peuple »

Jean-Luc Ettori : « Le football reste toujours l’opium du peuple »
« Claude Michy a été un président atypique, le premier à avoir fait confiance à une femme pour entraîner une équipe professionnelle », salue Jean-Luc Ettori (© Laurent Raynaud – Info)

Avec 602 matches au compteur, l’ex-gardien de l’équipe de France de football (9 sélections) est le joueur qui compte le plus d’apparition en Première division, derrière Mickaël Landreau (618). A 63 ans, celui qui a réalisé l’intégralité de sa carrière professionnelle à l’AS Monaco garde un œil avisé sur le monde du football. Le retour de Jardim, l’équipe de France, le Clermont Foot… Le Corse installé à Tours s’est confié à nous.

Info – Cela fait combien de temps que vous êtes à Tours maintenant ? 

Jean-Luc Ettori – Je suis arrivé en juin 2013, à la demande de Jean-Marc Ettori, propriétaire du Tours Football Club (les deux hommes, bien que corses tous les deux, n’ont pas de lien de parenté NDLR). Je suis resté deux ans comme délégué du président. J’en garde malgré tout un bon souvenir même si cela s’est gâté par la suite avec Jean-Marc. Il valait mieux que chacun reprenne sa direction.

I. – Vous occupez vous toujours du club d’Avoine, situé près de Tours ?

J.-L. E. – On ne peut pas dire que je m’en occupe. Le président est un ami. Je n’ai pas de fonction officielle. Je suis les résultats de l’équipe et je me considère plus comme un spectateur privilégié qu’autre chose. C’est un club très familial, avec des bénévoles compétents et investis. Tout cela est très sympa. 

I. – En parallèle, vous avez monté des commerces à Tours, que peut-on en dire ?

J.-L. E. – C’est exact. J’ai monté cela avec mes deux neveux. Nous avons trois affaires au total, un bar à vins qui s’appelle « A Torra » (La Tour en langue Corse NDLR), un café-bar à cocktails « Le Tournesol » et un bistrot-restaurant dénommé « Chez Tonton ». Nous sommes situés sur l’une des plus jolies places de Tours. Les affaires fonctionnent bien, nous sommes contents.

I. – Quels souvenirs conservez-vous de votre passage à l’INF Vichy, juste avant d’entamer votre carrière professionnelle ?

J.-L. E. – J’y suis rentré en novembre 1972. Je faisais partie de la première promotion. J’ai passé là-bas trois belles années, de supers souvenirs. Nous avons appris ce qu’était le football. J’avais 17 ans et j’étais l’un des plus jeunes de la structure. Autour de moi, certains avaient déjà tâté le travail à l’usine, d’autres faisaient des études. Vichy m’a forgé en tant que footeux mais aussi en tant qu’homme. Une très belle expérience.    

I. – Votre club de cœur reste l’AS Monaco, les suivez-vous toujours ?

J.-L. E. – (Avec conviction…) Bien sûr que oui. J’ai souffert avec eux durant la première partie du championnat de Ligue 1. Maintenant ça va mieux. Le règlement du mercato fait que l’on peut changer le destin d’une équipe, Monaco en a profité.  

I. – Le retour de Jardim a été une bonne chose selon vous ? 

J.-L. E. – C’est surtout son départ qui était une mauvaise chose ! Sans vouloir condamner Thierry Henry, je pense qu’il n’était pas prêt. En plus, il est arrivé avec un staff qui découvrait le haut niveau et une équipe en crise. Vous savez, à Monaco, et je suis bien placé pour le savoir, lorsque ça ne va pas, vous ne pouvez compter que sur vous-même. Ce n’est pas la pression populaire qui influe. Compte tenu de cette situation, il fallait, d’une part, faire venir quelqu’un ayant une bonne connaissance de la Ligue 1, et d‘autre part, trouver une personne connaissant bien le club. Jardim était donc l’homme de la situation et son retour était pour moi la meilleure des solutions. 

I. – Quel est votre regard sur le football actuel, qui a bien évolué depuis votre époque, qu’en pensez-vous ?   

J.-L. E. – Il ne faut pas essayer de comparer les époques. Avec l’évolution des médias, l’apparition des réseaux sociaux, le foot est devenu un sport individuel par excellence. Les couleurs ou l’appartenance ne veulent plus trop rien dire. Il faut s’adapter. Mais le football reste toujours l’opium du peuple, et le plus gros vecteur de communication aussi.    

I. – Suivez-vous le championnat de Ligue 2 ?

J.-L. E. – Oui toujours un peu. Un championnat que j’ai découvert en arrivant à Tours. Le club est aujourd’hui en National, il n’est pas au mieux. (Avec le sourire…) Il faudrait qu’il fasse un demi-tour, c’est le cas de le dire. Jean-Marc Ettori n’a pas l’air décidé à passer la main. Il est propriétaire du club et fait ce qu’il veut. C’est dommage. Tours mériterait un bon club de Ligue 2.  

I. – Que pensez-vous du Clermont Foot, qui réussit ses saisons malgré un budget très modeste. Le club a désormais un nouveau propriétaire…

J.-L. E. – Claude Michy a été un président atypique, le premier à avoir fait confiance à une femme pour entraîner une équipe professionnelle. Clermont a eu la chance d’avoir un propriétaire-président qui savait rester à sa place tout en étant capable de prendre les décisions quand il le fallait. Il a fait progresser le club au niveau des structures. Il laissait son staff travailler. Il n’était pas très accro au foot, plutôt aux moteurs si j’ai bien compris. Il a tourné la page, c’est bien dommage. Nous avions un peu échangé ensemble lorsque j’étais au Tours FC. Connaissant le personnage, je pense qu’il a trouvé des successeurs très fiables, sérieux.       

I. – Est-ce vrai que le pire souvenir de votre carrière fut la défaite en finale de la Coupe des coupes face au Werder de Brème en 1992 ?

J.-L. E. – Ah oui. Il y a eu une conjonction d’évènements. Le drame de Furiani avait eu lieu la veille, nous avons fait un non-match dans un stade qui sonnait creux. Bref, pour une finale de coupe d’Europe, nous avions imaginé autre chose. 

I. – Et cette fameuse demi-finale de Séville, en 1982, face à l’Allemagne, vous en parle-t-on toujours ?  

J.-L. E. – Bien sûr. A chaque fois qu’il y a un anniversaire, j’y ai droit. J’ai l’impression que ce match est resté dans la mémoire collective. Cela s’est transmis de génération en génération. C’est comme ça, c’est la vie ; cette rencontre reste un super souvenir pour moi, une demi-finale de coupe du monde, peu de gardiens de but en ont disputé.   

I. – Quel est votre regard sur l’équipe de France actuelle ? 

J.-L. E. – Je l’aime bien. Je trouve que l’entraîneur tire le maximum des forces qu’il a à sa disposition. L’équipe est championne du monde, les planètes étaient bien alignées. Mais la chance fait partie du jeu. Là, je trouve qu’ils repartent sur de bonnes bases, avec des joueurs qui gagnent en maturité et en confiance. Je peux me tromper mais je pense que nous allons avoir une bonne équipe pendant un bon moment.    

I. – Retrouver un club professionnel, cela vous tente-il encore ou alors à 63 ans, vous vous dites : non c’est terminé pour moi ?

J.-L. E. – Pourquoi pas si le projet est sympa. Après, je réglerai quelques questions avant : avec qui, pourquoi, comment ? Je suis passionné par ce jeu, je ne peux pas vous dire que le foot ne me manque pas. Ce serait faux. Je suis capable d’aller voir un match de N3, de R1, tout ça ne me dérange pas. En ce qui concerne le football professionnel, je regarde toujours les matches à la télé.    

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