PAROLE DE PSY du 02/09/2016

C’est la honte…

Mon fils de seize ans m’inquiète. Il a eu une réaction très vive, totalement disproportionnée, quand il m’a entendu dire au téléphone à une de mes amies qu’il fumait. « Mais c’est la super honte pour moi ! Elle ne le savait pas et je ne voulais pas qu’elle le sache. Elle me considérait comme quelqu’un de bien. » Il répète qu’il est mort de honte. Cela me semble excessif …

La réaction de votre fils est non seulement normale, mais je dirais volontiers, qu’elle est plutôt touchante ! Il se soucie de l’opinion d’une personne qu’il apprécie. Lorsque vous confiez à votre amie qu’il fume, vous révélez qu’il s’adonne à un plaisir dont il aurait voulu qu’il continue d’appartenir à son jardin secret. En général, les adolescents détestent que leurs goûts intimes soient étalés sur la place publique. À son âge, fumer lui semble être une transgression, un passage initiatique qui, dans un premier temps, doit rester confidentiel. Sinon, il a l’impression que cela pourrait altérer l’image que les autres ont de lui.

Il ne supporte donc pas l’idée que vous ayez pu le « trahir ». Pour rien au monde, il ne voudrait passer pour autre chose que quelqu’un de bien aux yeux de cette femme. Au moment où il a l’impression que ce n’est plus le cas, la honte l’envahit. Rappelez-vous, Vatel (joué par Gérard Depardieu dans un film sorti en 2000), auquel le « grand Condé » confie l’organisation d’un buffet car il a invité toute la cour de Louis XIV. Il ne reçoit pas les poissons qu’il attendait en temps voulu. Il déclare à son second : « Je ne survivrai pas à cet affront-ci, j’ai de l’honneur et de la réputation à perdre. » Puis il se donne la mort. Il estime qu’il ne peut plus être considéré comme « quelqu’un de bien ». Sa honte est telle qu’il préfère disparaître. Le jour où il pense que celui qui lui faisait confiance a été déçu, il n’est plus rien socialement. Il n’a plus d’existence.

Bien sûr, ce comportement est extrême. Pour votre fils, il s’agit d’une simple contrariété, aussi violente soit-elle. Il va la surmonter.

Votre fils est sensible au regard de l’autre et s’il estime qu’il est négatif ou désapprobateur, il en éprouve de la honte. Si j’ai écrit, au début, que son comportement est touchant, c’est parce qu’il va à l’encontre de l’exhibitionnisme actuel. Aujourd’hui, il faut tout montrer, tout dire, tout voir, sans aucune retenue, comme si la honte n’existait plus… Votre fils fait de la résistance ! Il s’obstine à vouloir obtenir l’assentiment de l’autre. Ce regard positif est essentiel à ses yeux. Il y tient.

Il apprendra, au delà de la honte, à définir ce qui pour lui est un comportement honorable et à l’assumer envers et contre tous. Il ne se laissera plus influencer par le regard (supposé) des autres, s’il parvient à être en accord avec lui même… Qu’il respecte et préserve ce « quelqu’un de bien » qui existe en lui, qui en fait un être à part, un être unique. Ce sera sa force. En étant au clair avec lui même, il aura dépassé le stade de la honte.

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