Cinémathèque : la mémoire en mouvement

Des pépites et de véritables trésors, la Cinémathèque du Limousin en a dénichés depuis sa création en 2010. L’association reconnue d’intérêt général numérise les films tournés dans la région pour les conserver durablement.

Cinémathèque : la mémoire en mouvement
Patrick Malefont, chargé de mission, Véronique Jean, documentaliste et Robert Deconchat, trésorier de la Cinémathèque du Limousin …

Créée voilà quatre ans à l’initiative de Marc Wilmart, journaliste honoraire bien connu des téléspectateurs de France 3 Limousin où il a officié durant plus de trente ans, cette association unique en Limousin s’est fixée pour mission de collecter, sauvegarder et valoriser le patrimoine cinématographique régional.
« L’idée a pris forme en 1994 pour la commémoration des 50 ans de la Libération de Limoges, se souvient-il, une collecte avait été lancée auprès des cinéastes amateurs ou détenteurs de films, ce qui avait permis de retrouver un document exclusif de Marcel Denichou. Lorsque je travaillais sur les documentaires d’Oradour avec Michel Follin, nous avions aussi lancé un appel. La Cinémathèque du Limousin est l’aboutissement naturel de mon activité antérieure ».
Marc Wilmart a réuni autour de lui des professionnels de l’image, Robert Deconchat, trésorier de l’association, Patrick Malefont technicien recruté en 2011 épaulé par Benoit Deconchat et Véronique Jean, documentaliste.
Installée 6 rue François Chénieux, l’équipe a aménagé un studio pour numériser les films et une salle de projection. Soutenue par la DRAC et la Région, la structure s’est très vite professionnalisée.
« Au départ les films étaient numérisés avec un projecteur qui capturait l’image, c’était le système D reconnaît Robert Deconchat, avec le Flashtransfer Choice nous travaillons dans d’excellentes conditions ».

SEPT FORMATS

 

Cinémathèque : la mémoire en mouvement
Marc Wilmart : « L'idée a pris forme en 1994 pour la commémoration des 50 ans de la Libération de Limoges… »

La Cinémathèque est équipée de matériels professionnels, elle a été l’une des premières en France à utiliser ce Flashtransfer Choice, un scanner multi-format fonctionnant avec cabestan en latex et pointeur laser pour ne pas abîmer les films. Comme le précise Patrick Malefont, chargé de mission « il traite sept formats 8 mm, Super 8 mm, 9,5 mm, 16 mm, Super 16 mm, 17,5 mm et 28,5 mm, numérise en temps réel 25 images seconde et traite des bobines de 600 m. Pour le 35 mm une convention a été signée avec la Cinémathèque de Toulouse, la deuxième de France après Paris ; en échange elle nous confie les formats qu’elle ne peut traiter. C’est un honneur d’être sollicité par une cinémathèque qui fait référence dans le monde ».
Plus de deux cents heures de films ont déjà été numérisées. Après cette opération il faut les stocker dans une librairie appelée LTO (Linear Tape One) pour pérenniser ces fichiers fragiles dont on ignore la longévité.
« Aujourd’hui c’est la seule méthode pour les sauvegarder ajoute-t-il, ce système fiable est un dispositif à bandes magnétiques dont la capacité évolue à chaque génération sans perte de qualité. Une cassette contient quatre téraoctets soit 4 000 Go. La librairie a une capacité de stockage de 24 cassettes soit 96 téraoctets extensibles à l’infini. Connectée à un serveur, elle permet un accès immédiat aux données. Par sécurité une sauvegarde est effectuée dans un endroit protégé. Ainsi les rushs sont sauvés de même que les fichiers compressés destinés à être mis en ligne sur Facebook et prochainement Internet ».

 

 

IMAGES RARES

 

Cinémathèque : la mémoire en mouvement
Les funérailles de Léon Betoulle...

Des centaines de films sont sortis de l’oubli grâce aux liens tissés avec les communes de la région, les Archives départementales et municipales, les détenteurs de films amateurs et professionnels ou des particuliers. Six bénévoles se chargent de les restaurer, un travail de bénédictin indispensable.
« Les films sont principalement apportés par des particuliers constate Marc Wilmart, le bouche à oreille marche bien surtout en Haute-Vienne et Creuse ». Parfois les gens ignorent ce que contiennent les bobines ou le support est victime du syndrome du vinaigre ou les couleurs ont disparu. « Le cas le plus récurrent est celui des copies VHS datant de 15 à 20 ans, ce support n’étant pas pérenne, nous ne pouvons traiter que l’original afin de garder la qualité d’image », signale le technicien.
Parmi les documents exclusifs sauvés par la Cinémathèque figurent les funérailles de Léon Betoulle en 1956, le maire de Limoges. Des images surprenantes où nous découvrons un Hôtel de Ville drapé de noir, des milliers de gens et de nombreux groupes d’enfants (les écoles étaient-elles fermées ?) qui suivent le cortège jusqu’à Louyat. Des funérailles présidentielles. Ce document 16 mm a été apporté par le libraire Jean-Claude Laucournet qui ignorait son contenu.
Autre exemple les Archives de la Creuse avaient conservé l’assemblée générale des coopératives du Centre de 1929 et l’anniversaire de La Guérétoise fêté en 1932 sur la place Bonnyaud. D’autres trouvailles font revivre le Carnaval de Limoges, l’inauguration du Grand Théâtre, la construction du barrage de Vassivière, les travaux des champs, les vieux métiers… Des instantanés de vie qui auraient pu disparaître sans ce travail de numérisation.
Après une longue enquête l’équipe vient de localiser le fonds Géo Martin, le fondateur du Club des cinéastes amateurs du Limousin décédé en 1988. « Il est chez sa belle-sœur dans les Pyrénées révèle Marc Wilmart, nous devrions le récupérer. Il a réalisé des films sur le travail de la porcelaine, il fait partie des gens qui ont le plus tourné en Haute-Vienne et sur plusieurs décennies, ses documents ont donc un grand intérêt ».
L’objectif est aussi de faire découvrir ces films lors de projections publiques comme dernièrement à Limoges et Saint-Just-le-Martel. Pour conserver durablement les originaux qui lui sont confiés, la Cinémathèque est à la recherche d’un local de 100 m² minimum dans la capitale régionale.
Corinne Mérigaud
Photos © Yves Dussuchaud
et © Cinémathèque du Limousin
Pour en savoir plus :
www.facebook.com/LaCinemathequeDuLimousin

 

Cinémathèque : la mémoire en mouvement
Le pont du Dognon, la construction du barrage de Vassivière…

 

Cinémathèque : la mémoire en mouvement
Mai 68 !…
Partager

Laisser un commentaire