Guy Donnart « Il faut instaurer un permis de détention et l’identification de chaque animal »

Guy Donnart « Il faut instaurer un permis de détention et l’identification de chaque animal »
« L’abandon est puni d’une peine allant jusqu’à 2 ans de prison et 30 000 euros d’amende »

Alors que le nouveau clip choc de la Fondation 30 millions d’amis vient de sortir, Guy Donnart, le président de la SPA de la Haute-Vienne, fait le point sur les abandons d’avant l’été et le refuge départemental.

Info Haute-Vienne : Que pensez-vous du clip de la Fondation 30 millions d’amis, avec la chanson « We are the champions » ?

Guy Donnart : Je le trouve excellent ! Il sensibilise à la cause très connue de l’abandon des animaux, notamment avant les vacances d’été. Le côté « choc » va, je l’espère, frapper les esprits afin que nous assistions à une réelle prise de conscience. Et nous détenons, malheureusement, le triste titre de champions d’Europe en la matière.

Info : On parle de 100 000 abandons par an, dont 60 000 avant l’été. Comment estimez-vous ces chiffres ?

G.D. : Je pense que c’est bien en-deçà de la réalité. Ces statistiques commencent à dater alors que la France enregistre davantage d’animaux domestiques que ses voisins européens. Il faudrait demander à chaque refuge départemental de communiquer ses chiffres pour établir une étude actualisée. Tous les animaux sont victimes d’abandon : des lapins, des furets, des hamsters, des chèvres, des serpents… Les NAC (nouveaux animaux de compagnie) ne sont pas épargnés, comme d’ailleurs les chiens confirmés LOF. Et le pic n’a plus seulement lieu avant l’été.

Info : C’est-à-dire ?

G.D. : Depuis quelques années, nous observons un nouveau phénomène avec des abandons en mars-avril. En fait, les gens s’offrent un jouet pour Noël et trois mois après, ils en ont marre. Ils se rendent compte qu’il faut s’en occuper, le sortir, le nourrir… Le « chien à crédit » est devenu, en vingt ans, une marchandise, un bien de consommation qu’on ramène… Or, la loi de 2015 précise bien que l’animal domestique n’est plus un meuble mais un être sensible.

Info : Que faudrait-il faire pour mettre un terme à ces abandons ? Certains parlent d’une taxe ou de s’inspirer de la Suisse ou l’Autriche…

G.D. : En premier lieu, il ne faut pas stigmatiser ceux qui abandonnent car cela risque d’être pire, avec des animaux maltraités, massacrés voire décapités plutôt que d’être ramenés au refuge ou d’être laissés sur le bord de la route. Il faudrait cesser la vente en animalerie, certaines poussant sans scrupule à la « consommation » ainsi que sur internet et privilégier l’achat auprès d’éleveurs. Ainsi, l’achat ne doit pas être un « coup de coeur » mais un acte réfléchi. Le chien ou le chat va accompagner son propriétaire pendant quinze à vingt ans. La loi, qui prévoit une peine allant jusqu’à 2 ans de prison et 30 000 euros d’amende, est trop faible et peu appliquée. Il faudrait instaurer un permis de détention pour toutes les races avec une déclaration en préfecture, en mairie, avec un stage… Certains sont persuadés de savoir élever/éduquer un chien et le rapporte quelques jours après son adoption parce que le chien a… aboyé et le chat a…miaulé !

Info : Quels sont les motifs ou les excuses avancés par ceux qui ramènent leur animal au refuge ?

G.D. : Au-delà des décès, des hospitalisations ou des départs en maison de retraite ou en EHPAD, que l’on comprend parfaitement, on peut citer les divorces, les déménagements, une grossesse, les enfants allergiques aux poils… Nous avons entendu « C’est un cadeau et je n’aime pas les animaux ».

Info : Qu’en est-il au refuge de la SPA 87 ?

G.D. : En moyenne, 500 chiens et un millier de chats ont été recueillis à la suite d’un abandon à la SPA 87 en 2018. Actuellement, nous accueillons 15 à 20 chatons par jour, pour qui il faut trouver une famille d’accueil immédiatement, afin que les vaccins soient efficaces avant leur retour au refuge pour être proposés à l’adoption. Nous sommes débordés. Nous sommes à flux tendu tant au niveau du personnel que de la place. Pour les quinze salariés, ce sont beaucoup de déceptions mais également de grandes joies.

Photos : Frédéric Gouttry

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