Occitan : la lenga de nostre païs

Occitan : la lenga de nostre païs
Magali Urroz, Jean-François Vignaud, salarié à l’Institut d’Etudes Occitanes et Jean-Marie Caunet Directeur de l’IEO.

La plus célèbre expression limousine qui marque l’identité de notre région est bien Chabatz d’entrar. Mais que reste-t-il aujourd’hui de ce patois ?

La langue maternelle de nos aïeux pourrait bien disparaître un jour si on n’y prend garde dès maintenant. Car plus les années passent, moins les locuteurs sont nombreux, un constat sans appel. « Il en reste quelques dizaines de milliers avance Jean-François Vignaud de l’Institut d’Etudes Occitanes mais la baisse s’accélère. Nous avions sollicité une enquête auprès des institutions voilà quelques années alors que beaucoup de gens parlaient l’occitan, elle n’a jamais été réalisée. Ont-ils eu peur de connaître le chiffre exact et de voir son importance ? Aujourd’hui, en Occitanie nous sommes la région où il est le plus parlé car le Limousin est une terre rurale, de personnes âgées et cette langue est celle de la ruralité et des plus de 70 ans ».

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Une librairie dédiée à l’occitan mais pas seulement.

VIVRE AU PAYS

Au début des années 70, le mouvement de retour au pays « Volem Viure au Païs » est initié, l’auteur régionaliste Jean Dau Melhau en faisait partie. Des personnalités font alors le choix de revenir au pays et de se fédérer autour de valeurs communes. « La langue était encore prégnante, elle servit de vecteur de lutte comme au Larzac sous la bannière Gardarem lo Larzac se souvient Jean-Marie Caunet, directeur de l’IEO. Ce phénomène existe toujours, nous l’avons constaté avec le groupe de Tarnac. Ces personnes se mettent en réserve de la société mais ce n’est plus l’occitan qui les fédère ». En 1976, alors qu’il adolescent, il participa à la première fête occitane à Féniers qui remporta un vif succès, d’autres suivront sur le Plateau de Millevaches. « Il y avait une vivacité du monde paysan, ce n’est plus pareil aujourd’hui, les fêtes étaient rares à cette époque, les gens se déplaçaient beaucoup raconte-t-il. Les luttes étaient très fortes sous Pompidou et Giscard. Avec l’élection de Mitterand, beaucoup de gens ont cru au changement, on connaît la suite… Le tissu socio-économique s’est dégradé, la dynamique a ralenti, il n’y avait plus le même élan. La langue était encore parlée dans les années 80 et 90 mais, dans la décennie 2000, une grande partie des locuteurs a disparu ».

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Des panneaux d’entrée de ville apposés dans certaines communes comme à Sent Auvenc.

Les enfants et petits-enfants de cette génération sont des locuteurs passifs, certains comprennent l’occitan pour l’avoir entendu et prononcent quelques mots. L’IEO essaie de capter la jeune génération en organisant des cours du soir, des stages et des animations auprès des scolaires. « La langue n’a plus le caractère ringard que nous avons connu dans les années 80, elle a même un côté tendance en apparaissant comme une valeur refuge assure Jean-François, il suffit de voir le succès de la CRIL. De plus en plus de gens s’y intéressent, nous assistons à un renversement complet. Au moment où l’occitan risque de disparaître avec les personnes âgées, les gens se rendent compte qu’elle fait partie de l’identité limousine. Nous souhaitons l’imposer comme langue incontournable de ce territoire ».

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Des animations autour des noms de lieux. (Photo © PNR Millevaches)

FORMER LA RELÈVE

L’IEO s’emploie à la faire vivre dans l’espace public. Depuis quelques années, des régions marquées par une culture identitaire forte comme la Bretagne, le Pays Basque et la Corse ont mis en place une signalétique bilingue. Le mouvement est amorcé en Limousin, des communes n’hésitent pas à installer des panneaux d’entrée de ville comme à Limoges ou Saint-Yrieix, les noms de près de 400 communes sont disponibles. Certaines ajoutent des noms de rues, de sites touristiques, des commerces et des services de proximité. Un travail important a été mené en collaboration avec les deux parcs régionaux limousins sur le volet touristique. « Nous nous sommes battus pour faire reconnaître cette identité afin que la langue soit prise en compte avec un gros travail mené sur les noms de lieux précise Jean-Marie. Quant à l’Education nationale, il y a toujours eu des blocages sur l’enseignement dans les écoles et cela continue ».Seul le collège de Seilhac en Corrèze propose des cours et l’école privée Calandreta lemosina poursuit son activité à Limoges sur le bilinguisme. L’IEO assure également des animations dans les écoles primaires pour sensibiliser les enfants.

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Les fêtes occitanes des années 70 attiraient les ruraux.

Avec la Grande Région, tous les espoirs sont permis. « Nous souhaitons une harmonisation vers le haut, à La Coquille en Dordogne par exemple, la langue est enseignée signale Jean-François, pourquoi pas en Limousin ? La politique est plus volontariste en Aquitaine avec le phénomène basque, nous espérons bénéficier de quelques avancées, tout n’est pas perdu, il faudra se défendre ».
A La Librairie occitane, Magali Urroz partage cet avis. « L’enseignement est fondamental, et faute d’offre, des jeunes apprennent seuls en autodidacte. Il manque également des lieux pour parler, des cafés des langues ont vu le jour récemment, notamment à Limoges et Saint-Junien et le succès est au rendez-vous. La demande progresse vraiment depuis dix ans. Nous disposons de grandes richesses que ce soit en littérature ou musique, plus que d’autres régions, et nous avons l’intention de jouer cette carte ». Plus d’infos sur www.ieo-lemosin.org et www-la-biaca.org

Occitan : la lenga de nostre païsCorinne Mérigaud
Photos © Yves Dussuchaud & © DR

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