Ses mains ont la parole

Ses mains ont la paroleRencontre avec Karine Aubry, chef du service ORL et chirurgie cervico-faciale au CHU de Limoges, une des rares femmes agrégées de cette spécialité en France.

« Bien sûr que vous pouvez prendre en photo ma bibliothèque, j’en suis très fière ! » s’exclame Karine Aubry dont le bureau est entouré de rayonnages garnis de livres médicaux. « C’était déjà là quand je suis arrivée, se justifie-t-elle, je n’ai rien voulu changer ».
Et c’est bien la seule concession au passé que la chef du service ORL et chirurgie cervico-faciale au CHU de Limoges accepte de faire. Persuadée que l’avenir de la chirurgie de l’oreille est intimement lié au développement de la robotique, cette jeune femme a su imposer au fil du temps ses compétences et ses convictions.
Derrière ce doux sourire se cache en effet une détermination sans faille qui lui a permis d’attendre son rêve de gosse.
« Moi, j’admirais mon médecin généraliste quand j’étais enfant, se souvient-elle. Je me disais : « il sait tout, il connaît le fonctionnement du corps humain ». Je trouvais cela extraordinaire. » Au fil des années, son choix se précise et c’est l’ORL qui a sa préférence. « J’ai alors découvert la chirurgie, un coup de foudre ! C’est une spécialité qui offre une certaine liberté car on peut s’installer assez facilement et puis j’ai toujours aimé l’ORL, raconte-t-elle. On guérit avec nos mains…».
En 1998, Karine Aubry arrive à Limoges pour y faire son internat.
« Et je suis restée » explique cette lyonnaise qui éprouve le besoin de revenir aux sources au moins « tous les trimestres ». Quelques années plus tard, sa soif d’apprendre la pousse à passer l’agrégation. Un défi de taille dans « un milieu encore très masculin où moins de dix femmes sont agrégées en France » reconnaît-elle.
Pour mener à bien ses recherches, elle s’envole pour New-York où elle se forme à la pose d’implants cochléaires, une spécialité qu’elle développe depuis 2010 au CHU de Limoges à travers une structure de prise en charge complète de rééducation pour enfants et adultes.
« C’est une partie de mon travail extraordinaire, une belle aventure. La satisfaction est quasi immédiate. Vous vous retrouvez face à des patients dont vous changez la vie… ».
Aujourd’hui à la tête d’un service qui a accueilli près de 15.000 consultations externes en 2014, Karine Aubry s’est fixée pour objectif « d’organiser le centre de prise en charge de la surdité en renforçant [les] équipes soignantes. Nous avons une équipe médicale qu’il va falloir renouveler, poursuit-elle, je me bats beaucoup pour attirer des orthophonistes et surtout pour avoir des postes me permettant de garder des médecins. »
C’est pourquoi, elle mise sur le développement des nouvelles techniques opératoires offertes par la robotique.
« On se tourne de plus en plus vers des gestes hyper spécialisés, explique-t-elle. On utilise le robot pour la chirurgie de l’oreille et pour les implants. L’avenir proche c’est ça, c’est une vraie révolution ! ». Quant à son avenir personnel, Karine Aubry demeure discrète. Voyageuse dans l’âme qui apprécie les grandes villes américaines « pour y puiser du dynamisme », elle assure simplement que lorsque l’heure de la retraite sonnera elle « laisser[a][sa] place sans hésiter. Il y a un temps pour tout ! ».

Valérie Faret
Photos © Yves Dussuchaud

Une réponse
  1. Brigitte at |

    Je le dis souvent. J’apprécie beaucoup Info pour ses reportages sur la santé. Merci, c’est toujours intéressant.

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