Tulle, le silence et la douleur

Consacré aux évènements du 9 juin 1944 à Tulle, « Le Silence et la Douleur » est en sortie nationale au cinéma le 24 février. Rencontre avec Patrick Séraudie, le réalisateur.

Tulle, le silence et la douleur

Info Magazine : « Le Silence et la Douleur » est-il une suite de votre film « Une vie avec Oradour » ?

Patrick Séraudie : C’est en effet dans la continuité car on questionne la même période. Depuis 10 ans, j’ai consacré mon activité à interroger la mémoire de cette région, en ayant bien conscience qu’il s’agit d’une course contre le temps, car d’ici quelques années, les témoins auront disparu avec la parole. Je travaille avec des historiens mais je revendique la subjectivité des témoignages. Je cherche à faire ressortir la dimension humaine et son humanité. J’ose espérer que ces films feront partie du patrimoine. Dans le film sur Oradour, on en prend « plein les yeux » alors qu’avec « Le Silence et la Douleur », il n’y a rien. Et comment filmer ce « rien » et ce silence ?

Info : Justement, quelle est la dimension cinématographique du film ?

P.S. : Tulle est très particulière avec ses escaliers qui descendent vers la Corrèze : une partie de la mémoire des pendaisons était possédée par la rivière. D’ailleurs, les affiches annonçant les pendaisons disaient que les suppliciés seraient jetés dans « le fleuve » alors qu’ils ont été mis dans une fosse commune à la décharge publique, ac-tuellement le mémorial de Cueille. Il y a des travelings avant avec des rues désertes, avec des lumières magnifiques… La place de Souilhac (aujourd’hui Albert Faucher) est au cœur du film. Une place banale puis progressivement, on apprend ce qui s’est passé.

Tulle, le silence et la douleur

Info : Le film sort en salle le 24 février après une avant-première un peu « particulière » au Lido à Limoges…

P.S : Nous espérons 6 à 8 mois d’exploitation dans une centaine de salles à l’échelon national. A Egletons, Véo, qui est un réseau de cinémas de proximité et d’art & d’essai, va certainement le reprogrammer. En effet, l’avant-première a eu lieu le 23 novembre pendant le Mois du documentaire, quelques jours après les attentats de Pa-ris. On peut voir un parallèle entre les SS et le Bataclan : le nombre de morts, bien sûr trop grand, n’était pas important. Ce qui comptait, c’était de semer la terreur…

Propos recueillis par Anne-Marie Muia
Photo © Yves Dussuchaud / Pyramide Production / DR

Les faits
Les 7 et 8 juin 1944, les maquis FTP lancent une offensive contre les troupes alle-mandes qui occupent Tulle. Le 8 vers 17h, ils reprennent en partie la ville. En fin de journée, les premiers chars de la 2e division blindée SS Das Reich pénètrent dans Tulle, prenant les maquis par surprise, les obligeant à quitter précipitamment la ville. Le 9 à 6h du matin, les hommes sont raflés sous prétexte d’une vérification d’identité. Plus de trois mille personnes vont s’entasser sur la place de Souilhac. Conduits dans l’enceinte de la manufacture d’armes puis triés, les deux tiers sont libérés. 99 otages sont pendus aux balcons et aux lampadaires du quartier. 149 sont déportés dont seu-lement 48 reviendront des camps.

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