« Lucie ressemble à l’enfant que j’ai dû être »

« Lucie ressemble à l'enfant que j'ai dû être »
Gérard Georges était très proche de Jean Anglade, qui le considérait comme son fils spirituel © Presse de la Cité / Artéphoto.com – Stéphane Olivier

Romancier, poète et nouvelliste, Gérard Georges vient de publier « Lucie Lumière » aux Presses de la Cité. L’occasion de se livrer à quelques confidences… littéraires.

 « Lucie Lumière » raconte l’histoire d’une petite fille qui se rêve écrivain… Comme vous ?

Il y a toujours dans les personnages de mes romans une part de moi-même. Alors, on peut dire que Lucie ressemble à l’enfant que j’ai dû être : enfant rêveur, amoureux des livres et de la nature, et qui savait déjà, comme la Lucie du roman, qu’un jour il écrirait des histoires.

Vous êtes considéré comme le fils spirituel de Jean Anglade. Un joli compliment. Que vous a-t-il transmis ?

Jean Anglade et moi étions chez les mêmes éditeurs parisiens : Les Presses de la Cité et Calmann-Lévy. Ce point commun nous a permis de mieux nous connaître. Sur les dernières années de sa vie, lorsque nous faisions route commune en voiture à destination des salons du Livre, Jean m’a souvent parlé de sa vie d’écrivain. C’est vrai que nous sommes de deux générations différentes, mais je crois (il me l’a dit plusieurs fois) qu’il me considérait comme son fils spirituel. Transmission de témoin, en quelque sorte, comme le grand Henri Pourrat, auteur de « Gaspard des Montagnes », l’avait fait avec lui de suite après la guerre. Jean m’avait fait aussi l’honneur de lui écrire une préface pour la dernière édition de son beau roman « Le Jardin de Mercure », preuve de confiance s’il en est.

Que m’a-t-il transmis ? Sans doute ce regard pétillant de malice sur les êtres et les choses. Ainsi que son amour indéfectible pour sa région : l’Auvergne, qui est pour moi, depuis l’âge de six ans, ma patrie d’adoption.

Comme tant d’écrivains « régionalistes », Jean Anglade était souvent ignoré par la critique littéraire et les universitaires… Comment l’expliquez-vous ?

Je veux tout d’abord dire que Jean Anglade n’a pas été que l’écrivain « régionaliste » ne sachant écrire que sur son Auvergne. En France (et c’est un phénomène typique à notre pays, ce que je déplore), on se sent obligé de classer les auteurs. Alors non, Jean Anglade n’est pas que cela. Dans chacun de ses ouvrages, il traite de l’universalité, il traite de l’Homme avec un H majuscule. Bien sûr, un écrivain publié nationalement et ne résidant pas dans la capitale, comme il l’a été et comme je le suis aujourd’hui, est très souvent snobé par les journalistes et les auteurs germanoprontins. A vrai dire, cela ne m’affecte pas outre mesure. Fréquenter les salons où il est de bon ton de se faire voir avant de passer à la télé ou dans les feuilles de quelques hebdomadaires de renom n’est pas dans mes usages. J’aurais trop peur d’y perdre mon âme !

Vous avez beaucoup publié…. L’émotion est-elle toujours intacte à chaque sortie de livre ?

Oui, j’ai trente-cinq ouvrages publiés à ce jour : pour la plupart ce sont des romans, mais aussi deux recueils de nouvelles, trois recueils de poésie  – qui est mon jardin secret – et un conte pour enfants. A chaque sortie, et récemment encore avec « Lucie Lumière » publié aux Presses de la Cité, l’émotion est toujours là : émotion de découvrir un bel objet et qui s’appelle un LIVRE ! Moi qui suis père de famille (et aussi quatre fois grand-père), je peux comparer chacune de ces sorties à la naissance d’un enfant. Aussi, comme un enfant qu’accompagne son géniteur à chaque étape de sa vie, un nouveau livre doit savoir se faire une place dans le milieu littéraire en compagnie de son créateur. Comme un père se montre fier de ses enfants, je le suis aussi de chacun de mes livres.

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