EDITO MARC FRANCOIS DU 05/09/2016

La belle saison se retire doucement, sur la pointe des pieds. Elle laisse davantage de stigmates que de souvenirs dorés. Sauf peut-être aux amoureux ébahis et aux médaillés olympiques.

C’était un été comme il n’en existera plus avant longtemps. Un été avec des feux d’artifice le 14 juillet, des flonflons insouciants, des bals populaires sur la place des villages et des filles à la peau dorée en robe légère. Les militaires défilaient sur les Champs-Élysées, en guise de tradition davantage que de déploiement de force et dans quelques villes de province, on s’était aussi adonné à cette démonstration lors de plus modestes répliques. Un été tranquille.

Ce même jour, le président de la République s’était fendu d’un discours dont l’écho se perdait au détour des jeux d’enfants, des plongeons dans la piscine ou, peut-être, des dernières nouvelles de la route du Tour. Le président, sans doute, avait parlé pour ne rien dire ou peut-être ne rien faire. Il était intervenu pour imiter ses prédécesseurs et respecter une coutume républicaine. C’est son silence qui eut été remarquable…

Et soudain…

C’était un été comme il n’en existera plus avant longtemps. Un été Tour de France avec un peloton égrainé sur les lacets surchauffés d’un col, une foule en liesse sur les bords de la route et, en son sein, quelques abrutis courant torse nu derrière les cyclistes. Un été lascif avec des plages où l’on s’allongeait en rêvassant, entre deux bains dans une mer tiédasse et des terrasses de cafés prises d’assaut par des estivants bronzés.

Été de l’innocence ou de la naïveté. Et soudain, il y eut un camion dévalant la Promenade des Anglais, emportant tout sur son passage, des corps et des illusions. Plus tard, le sang a coulé dans une église près de Rouen, lieu de quiétude, d’apaisement, de recueillement. Non pas le sang du Christ, honoré par les fidèles, mais celui d’un vieil homme de 82 ans, égorgé sur l’autel de l’obscurantisme. Le soleil s’était voilé.

Partager

Laisser un commentaire