Edito de Stéphane Félix du 03/10/2016

Il y a encore un peu d’été dans l’automne, quelques fruits trop mûrs, des regards en Ray-Ban, des demis fraise en terrasse et des jambes à moitié nues.

L’heure est grave et légère : il ne pleut plus. En de très rares instants, l’on peut voir un peu de brume, un voile, s’accrocher à l’espoir d’un petit matin d’octobre les pieds dans la rosée. Mais qu’il est vain, ce point de tulle ! Et qu’il est loin, vendémiaire, sitôt commencé, déjà évaporé. Où sont les grains et les averses, les perles de Bretagne au grand nez enrhumé, les douches froides des Causses, le Crève Cévennes empoisonné de pluie ? Sale temps pour les marchands de pull-over et de parapluies : l’été déploie des ruses d’indien, il use de tous les stratagèmes afin de protéger son arrière-saison, cette belle oiseuse qui feuillette l’éphéméride du bout de son doigt mouillé. Un peu d’Andalousie pousse sa corne en France et Ploumanach s’endort en Provence. Chantent les cigales, triment les fourmis et pleurent les poètes sur leur mélancolie qui ne vient pas, qui se fait désirer, qui flâne en espadrilles autant qu’elle le peut, de peur de passer à côté d’un reste d’insouciance, abandonné au sable et aux galets.

Plaisir solitaire

Et c’est tant mieux ! Tant mieux si l’on peut encore regarder la ville d’en haut, perché sur un balconnet, quand tout s’éteint, dans la douceur du soir, tant mieux s’il y a encore des fleurs, si nos mains ne se frôlent pas encore, tant mieux si les frontières ondulent, si l’on hésite et si l’on danse, tant mieux les hanches, le vin gai dans les verres, les cheveux défaits et le monde à refaire, tant mieux si le climat change, car nous changeons aussi. Au vent mauvais de Verlaine, au marais de Gautier, on se glaçait les sangs et la rengaine des tableaux noirs avait tôt fait d’escamoter l’essentiel. Ce qui compte vraiment. Et ce n’est ni la chanson, ni les paroles, mais le rythme que l’on y met. Il faut toujours s’aimer très vite, très fort, sans attendre. Ne pas prendre le temps ni la mesure des jours, trop courts, mais faire battre son cœur comme une course au soleil, haletante, avant qu’il ne s’écrase derrière l’horizon. Tout le reste n’est que babioles et plaisir solitaire d’écrire quelques récitations.

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