Aurélien Rougerie : « Si c’était à refaire, je referais certainement les mêmes choix »

 

Aurélien Rougerie : « Si c’était à refaire, je referais certainement les mêmes choix »

A l’orée sa carrière professionnelle, le joueur emblématique de l’ASM a répondu longuement aux questions de la presse la semaine dernière au sein de l’Espace Edouard du stade Michelin. Morceaux choisis…

Info – Comment allez-vous et comment se déroulent les derniers jours de votre carrière ?  

Aurélien Rougerie – Pour être franc, j’avais espéré une fin de saison un peu mieux, avec des victoires notamment. Mais ce sont les aléas du sport.

– Et ce dernier match face à Toulouse, y pensez-vous ?

A. R. – Il va y avoir un petit pincement au cœur, plusieurs même. Il y aura certainement beaucoup d’émotion, aussi bien pour moi que pour mes proches et certains fans. Ça va être un bon moment.

– Imaginez-vous que la semaine prochaine (cette semaine : NDLR), vous allez faire vos derniers entraînements et votre dernier match ?

A. R. – Oui et non. Car je sais où je vais après. J’essaye de ne pas être trop nostalgique. Ça va être le moment de s’assoir, de regarder derrière et de faire le bilan. J’ai eu la chance de faire plein de choses et maintenant, la vie va être différente.

– Avez-vous pris du plaisir cette année ?

R. – Oui malgré tout, même si j’ai connu des blessures et que la saison fut compliquée. Ce ne fut pas le jeu léché et flamboyant que l’on a pu voir l’année dernière. C’est comme ça. J’espère que ce sera bien mieux la saison prochaine.

– Pas de regrets de ne pas être parti l’an dernier sur un titre ?

A. R. – Il y a toujours mieux. C’est ce qui fait la beauté du sport. Il y a des aléas et des choses que l’on ne maîtrise pas. Je ne regrette rien en tout cas.

 

Aurélien Rougerie : « Si c’était à refaire, je referais certainement les mêmes choix »

 

– Avez-vous l’impression que l’on vous traite différemment en ce moment ?

R. – Non, je n’ai pas trop ressenti ça… Mais c’est vrai que les rares fois où j’ai joué cette année, j’ai senti beaucoup de respect de la part du public, à Paris, à Pau. Les spectateurs m’ont applaudi lors de la ma sortie. Ça fait chaud au cœur. On se dit que l’on n’a pas fait tout ça pour rien. Il y a une reconnaissance là-dessus.

– 19 ans de carrière professionnelle, aviez-vous imaginé une telle longévité ?

A. R. – (Avec le sourire…). Alors ça non. J’avais envisagé un style de vie où à 33 ans, tout s’arrêtait et l’on basculait sur une vie normale. J’ai prolongé le plaisir et c’est vraiment là où j’ai pris mon pied. J’ai pu rencontrer de jeunes joueurs, j’ai découvert une autre facette avec la transmission. Bref, tout un tas de choses qui m’ont vraiment plu.

– Le fait de ne pas avoir remporté la Coupe d’Europe est un bémol dans votre carrière ?

A. R. – Oh il y en a bien plus que ça des bémols. Il y a les blessures, la finale perdue de la coupe du Monde. Je ne regrette rien. J’ai essayé et il n’y a que celui qui reste dans le canapé qui ne se trompe jamais. Nous, on s’est trompé beaucoup de fois. Nous avons mis beaucoup de temps avant d’y arriver. C’est quand tu touches le graal que tu te dis que l’on ne fait pas ça pour rien. Se lever le matin, ne pas sortir avec ses potes quand tu as 20 ans, ne pas manger n’importe quoi, tout ça paye.

– 19 années dans le même club, avez-vous l’impression d’être un phénomène ?

A. R. – Non je ne crois pas. Un phénomène, c’est plutôt Nap’s (Nalaga : NDLR) ou Raka. Une exception certainement. J’ai fait ce que j’avais à faire et je n’en suis pas peu fier. Si c’était à refaire, je referais certainement les mêmes choix.

– Comment expliquez-vous cette fidélité au club ?

A. R. – Je ne l’explique pas. Je pars du principe que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. A partir de là, l’ASM a su s’adapter et évoluer et l’on dispose de toutes les infrastructures dans ce club.

– Vous avez failli partir pourtant ?

A. R. – J’ai eu envie deux fois. La première parce que j’étais obligé. En 2005, le club était aux portes de la Pro D2 et nous avons réussi à nous maintenir. Le projet sportif était plus qu’intéressant. J’ai décidé de rester et c’était le bon choix. Avec l’arrivée de Vern Cotter, pas mal de choses ont changé. La deuxième fois, c’était le Japon. En voyant la fin de carrière arriver, je me disais qu’une expérience différente, une culture différente, pouvaient être intéressantes non seulement pour moi mais aussi pour ma famille. On avait bien avancé sur le projet mais l’accident de Fukushima m’a quand même refroidi. Le Japon, la nouvelle culture et un contrat en or, c’était bien mais je n’avais pas envie de revenir avec beaucoup d’argent et une maladie. J’ai préféré rester à la maison.

– Et si vos enfants veulent faire du rugby, que leur direz-vous ?

A. R. – Ils suivront leurs propres chemins et si l’héritage est trop lourd à porter, je les accompagnerais. Je ne veux pas les forcer à faire quoi que ce soit. Aujourd’hui, ils sont au rugby mais pour l’instant, c’est plus dans l’éducation que l’on souhaite leur donner.

– Vous en avez vu passer des équipes d’entraîneurs en 19 ans, lesquels vous ont le plus marqué ?

A. R. – Ce dont j’ai envie de parler sont souvent les mêmes. Il y a Victor Boffelli. Il m’a donné ma chance au départ. Il y a Jean-Pierre Laparra, toujours fidèle au club. Je pense aussi à Tim Lane qui m’a fait jouer en coupe d’Europe. Et puis évidemment Vern Cotter et Franck Azéma, les grands acteurs de ce rugby de mouvement et de déplacement.

– Et au niveau des joueurs, quel sont-ils ?

A. R. – J’en ai vu pas mal. Au club, j’ai envie de citer Brock James, Tony Marsh, Thibault Privat, Mario Ledesma… Et aujourd’hui, Damian Penaud, Morgan Parra, Camille Lopez… Je vais en oublier et ce serait leur faire offense de ne pas tous les citer car il y a beaucoup beaucoup de talents. Je pars le cœur léger car il y a énormément de qualité dans le groupe. Je sais que l’équipe et le club seront là pour un moment.

 

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– Comment va se passer l’après-rugby ?

A. R. – Je vais revenir le 2 juillet avec tout le monde pour entamer ma nouvelle mission. Il y aura pas mal de choses à faire. Je vais devoir mettre en place une méthodologie. Je serai encadré car la cellule de recrutement est composée de plusieurs personnes. Toutes vont me guider et je vais trouver ma place tout doucement. Dès le mois de juillet, nous avons un voyage professionnel de prévu. Ma mission va être de développer une veille informatique sur le Top 5 des joueurs mondiaux, à tous les postes, mais aussi de développer un réseau autre que celui des agents afin de toucher des joueurs qui sortent soit de l’académie, soit d’un collège, soit d’un club. Il faudra faire des opérations séduction avec la promotion de notre région, de notre ville et de nos infrastructures. Essayer de les mettre dans les meilleures conditions pour qu’ils puissent venir à Clermont.

Propos recueillis par Jean-Paul BOITHIAS

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