Vous avez dit acouphènes ?

Vous avez dit acouphènes ?
Girl shouting with fingers in ears

Imaginez qu’un sifflement lancinant vous perce en permanence le tympan telle une cocotte-minute enragée… C’est le calvaire dont souffrent les nombreux Français victimes d’acouphènes moyens à sévères.

Un cliquetis, un sifflement, un bourdonnement, un gazouillis, un chuintement… Quelle que soit la manière dont vous les décrivez, le résultat est malheureusement le même : régulièrement, voire tout le temps, des bruits désagréables viennent déranger votre oreille sans qu’aucun élément extérieur ne semble les avoir provoqués. Rassurez-vous, vous n’êtes ni fou ni victime d’un miracle de mauvais goût. Cette étrange et désagréable dysfonction auditive a un nom, les acouphènes, et concerne entre 10 et 18 % de Français dont 1 à 2 % de façon sévère et chronique. Quelles en sont les causes ? Et peut-on les soigner ? Le point sur cette illusion auditive dont on se passerait bien !

Pourquoi ?

Il existe deux types d’acouphènes : les objectifs et les subjectifs. Extrêmement rares, les premiers sont des sons bien réels, anormalement émis dans le périmètre de l’oreille interne en raison d’une lésion, d’une malformation ou de toute autre anomalie de l’appareil auditif appelé la cochlée. Beaucoup plus fréquent, l’acouphène subjectif est en réalité un son dit « fantôme ». Même si le processus est complexe, il faut comprendre, en quelques mots, que notre cochlée est composée de cellules vibratiles en forme de cils, qui ondulent sous l’effet des vibrations sonores pour transmettre un influx nerveux au nerf auditif. En cas d’acouphènes, ces cellules « ciliées » – ou stéréocils – se mettraient à bouger anormalement, sans qu’aucun son n’en soit à l’origine, et transmettraient ainsi un message erroné au cerveau. Au fonctionnement anormal des stéréocils, il faut associer la réaction du cortex cérébral, perturbé par l’arrivée de ces stimuli défaillants. Incapable d’interpréter ces signaux fantômes, le cerveau va alors les traduire comme une menace ou un danger potentiel au lieu de les juger non pertinents comme il le fait habituellement pour certains sons constants comme la respiration ou la mastication. Faute de se perdre dans la masse, le son va alors s’amplifier au fur et à mesure que le stress généré grossit, pour devenir un acouphène.

Les conséquences

Quelque 15 % de personnes souffriraient d’acouphènes à un moment ou à un autre de leur vie, mais, dans 95 % des cas, ceux-ci sont sans gravité et disparaissent comme ils sont venues. En revanche, lorsque le problème s’installe de manière régulière ou chronique, les conséquences peuvent être graves : le retentissement de l’acouphène est en effet très variable, allant de la simple gêne à l’intrusion permanente

selon les individus. Handicapant la vie quotidienne, l’acouphène peut affecter la qualité de vie et provoquer des états d’anxiété pouvant mener à la dépression.

Les traitements

Certains individus ne consultent pas. D’autres le font pour vérifier qu’ils n’ont rien de grave et s’informer sur un éventuel traitement. D’autres encore consultent successivement de nombreux thérapeutes à la recherche d’une solution miracle, susceptible de supprimer complètement leurs acouphènes. Or, même si le génie génétique travaille actuellement sur la reproduction de cellules ciliées, il n’existe malheureusement pas encore de traitement radical et le retour au silence complet est peu probable. C’est alors sur le phénomène dit « d’habituation » que le patient va devoir compter : bien qu’au début, ils provoquent souvent une importante détresse, les acouphènes tendent à diminuer avec le temps par un processus de distanciation. Selon les sujets, leur état d’anxiété et de stress, ce processus peut prendre de plusieurs mois à plusieurs années, mais le malade va apprendre progressivement à mettre de côté cette perception parasite, à l’ignorer, comme il ignore spontanément la plupart des stimuli internes ou environnementaux qui, à chaque instant, arrivent à notre cerveau, et qui, sans pertinence avec la situation présente, restent au niveau inconscient.

La prise en charge actuelle consiste d’abord à traiter la cause, quand cela est possible, par l’extraction d’un bouchon de cérumen, la mise en place d’une prothèse d’osselet ou encore la destruction d’un neurinome. Lorsque ce n’est pas le cas, le traitement associe un suivi psychologique à ce qu’on appelle une « thérapie par le bruit » consistant en l’écoute quotidienne de bruits blancs ou personnalisés, associée ou non au port de prothèses auditives. Les médecines non conventionnelles (sophrologie, hypnose…) constituent une aide efficace pour lutter contre le stress. Dans les cas difficiles, le recours aux thérapies cognitives et comportementales peut aussi s’avérer très efficace. Quoi qu’il en soit, pour apprendre à gérer ses acouphènes, il est important de leur accorder le moins d’importance possible, de mener une vie normale, sans modifier ses habitudes, si ce n’est de se protéger des expositions sonores excessives.

Chez qui ?

Pourquoi ce problème survient-il ? Dans la plupart des cas, c’est l’usure naturelle de l’oreille liée à l’âge qui le fait apparaître progressivement vers l’âge de 50 ou 60 ans. Mais l’on voit aussi de plus en plus de jeunes souffrir d’acouphènes précoces en raison de traumatismes auditifs liés notamment aux différents dispositifs de musique amplifiée dont nos ados usent et abusent.

Photos © Thinkstock

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