Le retour de jeunes agriculteurs à Orcines

Le retour de jeunes agriculteurs à Orcines
Ils demandent un remembrement pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions. Pas si simple… © Emmanuel THEROND

La commune a fait le choix de protéger le périmètre de leurs exploitations, mais ce n’est visiblement pas suffisant…

Jean-Marc Morvan, le maire d’Orcines, en est très fier. Une fois n’est pas coutume, il a même organisé une conférence de presse pour le faire savoir.  Depuis 2011, quatre jeunes agriculteurs se sont en effet installés sur la commune, prenant la succession de leurs parents. « Pour un secteur périurbain, c’est exceptionnel » se félicite l’élu. Il s’agit d’Alain Vazeille, Nicolas Peny, Mathieu Brunel et Maxime Charret. Tous sont passionnés par leur métier et se battent au quotidien pour l’exercer.

Exploitants laitiers, ils ont vu le périmètre de leur exploitation protégé par la commune, malgré la pression foncière qui touche le secteur. Serge Pichot, le vice-président du Conseil départemental en charge de l’agriculture, a souligné le « courage politique » de l’équipe municipale. Certes, le nombre d’agriculteurs à Orcines a chuté au fil du temps. Mais les signes du maintien d’une activité agricole dans la métropole clermontoise sont suffisamment rares pour être soulignés. D’où cette conférence de presse, qui partait plutôt d’une bonne intention…

Un sentiment de défiance envers les élus

Seulement voilà. Invités à prendre la parole, les jeunes agriculteurs orcinois ont rincé d’entrée de jeu l’optimisme des édiles. « Après tout ce que nos élus ont dit, Orcines a l’air attractive en termes d’agriculture. Sauf qu’aujourd’hui, c’est quand même pitoyable. Je n’y vais pas par le dos de la cuillère, car c’est la réalité. Si nous sommes là aujourd’hui, c’est grâce à nos aïeux qui nous ont donné le goût du métier, des structures viables et donné envie de faire ce métier » a lâché en préambule Maxime Charret, reprochant au maire de ne faire « qu’appliquer les lois. »

Pour ces exploitants aussi amers que désabusés, les embuches restent nombreuses. La principale reste le morcellement des parcelles et la dispersion foncière, très complexe à gérer au quotidien (gestion, accès, surfaces, etc.). Aujourd’hui, ils demandent donc un « réaménagement foncier » sur l’ensemble de la commune, sachant que les deux précédentes tentatives ont échoué. Le sujet du pastoralisme, rendu difficile par la fréquentation touristique, a également été abordé.

Jean-Marc Morvan, conscient de ces difficultés mais agacé par la virulence des propos, a rétorqué aux jeunes chefs d’entreprises qu’ils ne seraient peut-être pas installés si la commune n’avait rien fait. Primo… Concernant un éventuel remembrement, le maire préconise dans un premier temps de trouver solutions amiables entre agriculteurs et propriétaires, sachant qu’un remembrement coûte cher et prend (beaucoup) du temps. L’aboutissement d’un tel projet serait d’autant plus incertain que les agriculteurs pèsent peu parmi les propriétaires (environ 20 %). Mais Jean-Marc Morvan promet « d’entendre, écouter et voir ce qu’on va faire » selon l’évolution de la situation.

La défiance de ces jeunes agriculteurs envers les élus peut se résumer en une phrase prononcée par Maxime Charret. « Pardonnez-moi monsieur le maire, mais on a vraiment tous l’impression qu’on est ici pour faire votre com’ pour la réélection. » Si cela avait été le cas, les jeunes agriculteurs auraient-ils été invités à prendre la parole aussi librement ? Au-delà des difficultés du monde agricole, on retiendra de cette conférence de presse une autre réalité : celle de la crise de la démocratie représentative. Et Orcines n’y échappe malheureusement pas.

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