Badiashile : Jamais sans mon frère

Badiashile : Jamais sans mon frère
Grise mine sous un déluge monégasque

Les footballeurs Loïc et Benoît Badiashile, originaires de Limoges, ont réussi ensemble leurs débuts professionnels cette année. Ils garderont à vie les souvenirs d’une saison 2018/2019 mouvementée.

Petit déjà, Benoît voulait tout faire comme son grand frère Loïc, de 3 ans son aîné. A Limoges, Raymond, le père, transportait régulièrement ses deux fils entre la maison familiale des Portes Ferrées et le centre sportif de Saint-Lazare pour y déposer le plus grand à l’entraînement. Mais un jour, Benoît, alors âgé de 5 ans, a fait scandale à en pleurer afin de pouvoir jouer au foot avec son grand frère. Le père et le coach ont accepté, le lien fraternel était déjà trop fort pour les séparer.

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Loïc, l’ainé, protège déjà Benoît

L’APPRENTISSAGE

Depuis cette anecdote révélant toute leur détermination, les deux frangins ont donc fait leur gamme au Limoges FC, tous les deux d’abord en attaquants sur le champ, avant que Loïc ne se révèle au poste de gardien de but puis Benoît en défenseur.

En 2008, la famille déménage dans le Loiret près d’Orléans. Les deux frères continuent à jouer dans un club local et souvent ensemble malgré la différence d’âge car Benoît est régulièrement surclassé. Ils s’améliorent au point de taper dans l’oeil du pôle espoirs de Châteauroux puis d’un recruteur du centre formation de l’AS Monaco. Loïc l’intégrera en 2013, Benoît en 2016.

Les deux gardent des souvenirs indélébiles de ces années d’enfance : « C’est sans doute à cet âge, entre Limoges et Châteauroux, que nous sommes devenus avant tout des potes, des meilleurs amis, des confidents, avant d’être des frères », dévoile Loïc. Benoît se souvient que « c’est à Limoges que nous avons découvert le plaisir d’être footballeur, c’est en déménageant que nous nous sommes promis d’en faire notre métier ».

Découvrir ce monde concurrentiel et exigeant à la porte de l’adolescence n’est pas chose aisée, surtout pour l’aîné Loïc qui a quitté le cocon familial plus tôt que son frère, mais qui s’est fait une joie de l’accueillir trois ans plus tard. Benoît reconnaît : « J’ai eu beaucoup de chance d’avoir mon grand frère pour me soutenir. Loïc a toujours été protecteur, d’ailleurs il stresse davantage pour mes matchs que pour les siens. En plus, il est extraverti et intégré alors que moi je suis plutôt du genre discret et timide ». C’est peut-être pour cela que Benoît a toujours été un peu plus précoce et que les deux ont éclos cette même année aux yeux de la France du foot.

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Une complicité fraternelle évidente

LA RÉVÉLATION

Le premier a avoir fait parler de lui est le plus jeune, Benoît. Nous sommes au début du mois de novembre dernier, le club de l’AS Monaco est en pleine crise, dans les bas-fonds du classement alors qu’il était attendu comme un ténor. Un coach bien connu, Thierry Henry, vient de prendre place sur le banc depuis moins d’un mois. À la surprise générale, le nom du jeune Benoît Badishile apparaît sur la feuille du match du lendemain pour défier le prestigieux PSG. Il en découle une lourde défaite mais peu importe, le gamin de 17 ans a réussi avec la manière son premier match professionnel. Depuis, profitant des blessures et surtout de son talent, il ne s’assoira plus sur le banc des remplaçants et s’imposera comme la révélation du club dans cette année plus que délicate.

Loïc quant à lui, a choisi de se faire remarquer d’une manière encore plus incroyable. Le 9 janvier dernier se joue un match de coupe de la ligue entre Monaco et Rennes. Le jeune portier, alors troisième gardien dans la hiérarchie, est titulaire quand il s’agit des coupes depuis le début de la saison. Au terme d’un match équilibré et ouvert, le score est de 1-1 à la fin du temps réglementaire, la décision se jouera alors aux tirs au but. Fait assez rare dans l’histoire du football, les deux équipes sont encore à égalité après 20 tentatives, les gardiens ayant déjà effectué 3 arrêts chacun. C’est donc à leur tour de devenir tireur ; si le portier de Rennes manque son tir, Loïc ne tremble pas et qualifie à lui tout seul son équipe au tour suivant. Le héros de la soirée est tout trouvé !

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Un enfance heureuse à Limoges

LES IMPRÉVUS

Ne vous y trompez pas, cette année restera comme une réussite immense pour les deux frangins, mais chacun a néanmoins connu les aléas de la célébrité.

Le 11 décembre 2018, Benoît Badiashile défraye la chronique (avec humour) en se faisant recadrer publiquement par son coach Thierry Henry après une conférence de presse car il avait eu le malheur de ne pas ranger sa chaise après s’être levé. L’image a fait le tour de l’Europe.

Loïc a vécu une mésaventure un peu plus sérieuse. Le 31 janvier, veille de la fin du mercato hivernal, il s’est vu envoyer en prêt avec option d’achat au club rival de Rennes jusqu’à la fin de la saison. Les Bretons l’ayant sans doute repéré lors de cette soirée dantesque en coupe quelques jours plus tôt.

Il s’agit d’un tournant pour la fratrie confie Loïc : « Un nouveau chapitre s’ouvre, nous devons apprendre à nous épanouir séparément. Ce jour allait arriver… c’était inévitable, mais nous ne l’attendions peut-être pas si tôt ». Pour l’heure, ils se sont promis de s’appeler tous les jours et de passer leurs vacances ensemble, avant qui sait de se retrouver dans quelques années sous un même maillot bleu…

Paul Herbach
Photos : D.R.

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